Bonjour et bienvenue dans « Une voix, un monde », le podcast qui s'intéresse à la voix et à la parole.
Avez-vous remarqué que dans une prise de parole en public, nous avons souvent peur du silence ? Dès qu'un trou arrive, vite, nous le remplissons : « euh, alors euh… donc euh… voilà euh… », comme si se taire, c'était disparaître. Et pourtant, un silence bien tenu peut faire exactement l'inverse : il capte l’attention, il clarifie la pensée, il renforce l'autorité. Aujourd'hui, nous allons apprendre à ne plus subir les silences, mais à les habiter.
Je suis Roch Jamelot, coach vocal et expert en communication orale.
Parce que mieux parler, c'est peut-être mieux vivre, parce que la parole n'est pas une marchandise, mais une responsabilité, un acte d'humanité : dans « Une voix, un monde », partons à la recherche des secrets de la parole vivante, authentique.
Chaque samedi, nous explorons ensemble une question qui nous concerne tous autour de la voix et de la parole. Et je vous transmets un exercice à mettre en pratique au cœur de votre quotidien pour nourrir votre puissance d'agir dans le monde. Car une voix qui s'élève, c'est un monde qui s’éveille.
Imaginez une réunion. Une personne présente un projet. Elle connaît son sujet, elle a travaillé, elle a des arguments solides, mais au moment de parler, elle veut aller trop vite. Elle commence : « Alors euh, l'idée euh, c'est que euh nous pourrions euh peut-être euh revoir la manière dont euh… ». Vous voyez la scène, vous connaissez, vous l'avez déjà entendue. Les mots sont là, mais ils arrivent entouré de brouillard. L'auditoire n'écoute plus l'idée, il entend tellement l'hésitation.
Et puis, imaginez la même personne autrement. Elle dit : « L'idée__ c'est de revoir__ notre manière de__ décider. » Même contenu, mais tout change. Le silence a nettoyé la phrase. Il a donné du poids au mot. Il a installé la personne dans sa parole.
Aujourd'hui, nous terminons la carte Le Musicien de la méthode Carte Orale®. Nous avons exploré le rayonnement, les accents, l'articulation, le tempo, les intonations, le phrasé, le volume. Et voici le dernier outil : les silences.
Le silence peut sembler étrange dans un podcast sur la voix. Après tout, quand on parle de communication orale, d'éloquence, d'influence, de prise de parole en public, on pense souvent aux mots et même à la voix, au rythme, au volume… Mais les silences ?
En musique, le silence n'est pas un vide, c'est un appui. C'est ce qui permet à la musique de respirer.
Et dans La parole, c'est la même chose. Une parole sans silence, c'est comme une pièce sans fenêtre : tout est plein, tout est occupé, mais on étouffe. Le silence ouvre l'espace. Il permet à l'auditeur d'entrer.
Alors, je vais vous présenter trois grands usages du silence en communication orale.
Le premier usage, c'est de capter l'attention.
Lorsque vous faites un silence avant un mot important, vous préparez l'oreille, vous dites sans le dire : « Attention, ce qui vient compte ». Par exemple : « Le vrai Le problème n'est pas__ le budget ». Ou encore : « Ce que je vous propose aujourd'hui, c'est de changer de__ méthode ». Le silence crée une attente.
Mais, vigilance ! Tous les silences ne captent pas l'attention. Un silence vide peut faire décrocher. Un silence mou peut donner l'impression que vous ne savez plus où vous êtes. Pour qu'un silence capte l'attention, il doit être habité. Habité par quoi ? Par votre présence, par votre regard, par votre intention. Pendant le silence, vous ne disparaissez pas, vous restez en lien. Vous respirez, vous regardez, vous êtes là. Votre corps continue à parler, même si votre voix se tait. C'est pour cela que le silence est un outil exigeant. Il ne suffit pas d'arrêter les mots. Il faut maintenir le lien. Le silence ne doit pas être un relâchement de l'attention, mais une tension émotionnelle, une intention forte.
On peut ainsi utiliser les silences pour dramatiser le propos, garder le contact et intensifier la relation à l'auditoire.
Le deuxième usage du silence en communication orale, c'est tout simplement de remplacer les « euh ». Les « euh » sont souvent des silences que nous n'osons pas faire. Nous cherchons notre idée, mais euh au lieu euh de nous taire euh, nous produisons euh ce son euh d'attente euh euh. Le problème euh, ce n'est pas euh d'avoir euh besoin d'un instant euh pour penser. Le problème, c'est de remplir cet instant par un bruit automatique. Le « euh » dit souvent : « Je ne suis pas tout à fait prêt, mais laissez-moi le temps de réfléchir, puisque ce qui va venir n'est finalement pas aussi important que ça, donc ne vous mobilisez pas trop dans l'écoute parce que... Laissez-moi le temps de réveiller mes idées. Mais je ne veux surtout pas perdre la parole, donc je garde le fil. Comme ça. »
Le silence, lui, peut dire : « Je prends le temps de choisir mes mots. » Et ce n'est pas du tout le même message. Pour supprimer les « euh » de vos propos, la première étape est d'abord de les entendre, d'en prendre conscience. Puis, dès que vous sentez un « euh » se profiler, alors faites un silence, respirez, rassemblez votre pensée et poursuivez quand les mots sont prêts.
Ce point est essentiel. Il ne s'agit pas de devenir une machine sans hésitation. Il s'agit de transformer l'hésitation sonore en présence silencieuse.
Vous le sentez, parfois, le « euh » qui va arriver ? Eh bien, ne le laissez pas sortir. Taisez-vous. Respirez. Restez en lien avec votre auditoire, puis repartez avec les mots.
Ce petit geste change beaucoup de choses. Il clarifie la parole, il apaise votre rythme intérieur. Il donne à l'auditeur aussi le sentiment que vous choisissez ce que vous dites et donc que vous assumez pleinement la responsabilité de votre parole et de l'effet qu'elle produit sur l'auditeur. Il signifie aussi à l'auditeur que vous avez de la considération pour lui, puisque vous n'allez pas lui servir tout ce qui vous passe par la tête, mais vous choisissez ce que vous lui dites.
Donc, nous touchons là à l'éthique de la communication qui m'est si cher. Vous le savez, si vous m'écoutez au fil de ces épisodes.
Le troisième usage des silences dans la communication orale, c'est d'asseoir son autorité.
C'est peut-être le point le plus subtil ville des trois. Beaucoup de personnes ont peur de se taire parce qu'elles craignent d'être interrompues, qu'on leur coupe la parole. En réunion, dans un débat, dans un échange un peu vif, elles se disent : « Si je m'arrête, quelqu'un va prendre la parole. » Alors, elles accélèrent, elles remplissent, elles enchaînent, elles parlent sans respirer. Et plus elles ont peur d'être interrompues, plus leur parole donne l'impression qu'elle se défend. Et donc plus on a envie de leur couper la parole.
Faire un silence habité, au contraire, peut envoyer un signal très fort : « Je ne crains pas qu'on me coupe la parole ». Ce n'est pas de l'arrogance, ce n'est pas de la domination brutale, c'est une manière de tenir sa place.
Assumer pleinement ses silences avec souffle, articulation, rayonnement, intonation et accents, affirme sa place de communicant et crée une tension d'écoute. Ce silence montre que l'on n'a pas peur d'être interrompu, ce qui renforce l'image d'autorité et de puissance personnelle. L'autorité, ici, n'est pas dans le volume, elle n'est pas dans la vitesse, elle n'est pas dans le fait de parler plus que les autres : elle est dans la maîtrise. Je peux parler, je peux me taire, je peux reprendre, je peux laisser l'auditoire venir à moi. C'est très musical.
Le silence est donc un outil d'attention, un outil de clarté et un outil d'autonomie.
Mais il y a une condition : la présence. J'en ai déjà parlé. Sans présence, le silence devient platitude et ennui. Avec présence, le silence devient puissance. Alors bien sûr, cela s'entraîne et c'est l'objet de l'exercice du jour.
L’exercice du jour : Le silence qui remplace le « euh ».
Nous allons pratiquer maintenant. Vous pouvez réaliser cet exercice assis ou debout. Debout est préférable si c'est possible pour vous. Mais en tout cas, les deux pieds bien à plat, posés au sol, le dos droit sans raideur, la détente laryngée avec la mâchoire pendante, le larynx flottant, la glotte décontractée et le regard ouvert à 360 degrés.
Faites comme si vous étiez en lien avec une personne en face de vous ou avec un auditoire.
La phrase de travail est très simple, c'est la suivante : « Je prends le temps de choisir mes mots ».
Dites-la une première fois naturellement : « Je prends le temps de choisir mes mots ».
Très bien.
1- Première étape
Maintenant, nous allons placer un silence avant et « choisir ».
Je vous le montre : « Je prends le temps de__ choisir__ mes mots ».
Et maintenant à vous « Je prends le temps de__ choisir__ mes mots ».
Très bien, c'était la première étape.
2- Maintenant, la deuxième étape : garder le lien.
Pendant le silence, imaginez que vous regardez votre auditoire, pas en le fixant durement, mais en restant simplement présent, en en lien.
Ne baissez pas les yeux, ne partez pas dans votre tête. Restez là et mettez de l'intensité, une intention intense, dans ces silences. Refaisons avec la même phrase, donc, un silence avant choisir et un autre après choisir :
« Je prends le temps de__ choisir__ mes mots ».
Allez-y : « Je prends le temps de__ choisir__ mes mots ».
Il doit se passer quelque chose dans le silence, comme si vous parliez alors même qu'il y a le silence.
Je le refais : « Je prends le temps de__ choisir__ mes mots ».
Vous constatez que le silence donne déjà plus de poids au mot choisir.
3- Troisième étape.
Maintenant, je vous propose de prendre une phrase de votre quotidien.
Pour ma part, je vais prendre la suivante : « Ce que je voudrais dire, c'est que nous devons clarifier la décision ».
Je vais vous montrer comment on peut s'entraîner avec cette phrase : je vais la répéter à plusieurs reprises, en plaçant des silences habités à des endroits différents. Des silences aussi longs et aussi dense que possible. Et à chaque silence, vous renforcez le lien avec votre auditoire comme dans la deuxième étape. Je vous le montre.
« Ce que__ je voudrais dire, c'est que nous__ devons__ clarifier la décision ».
« Ce que je voudrais__ dire__, c'est__ que nous devons clarifier la décision ».
« Ce que je voudrais dire, c'est__ que__ nous devons clarifier__ la décision ».
Je vous ai fait trois versions différentes en mettant des silences à des endroits différents à chaque fois.
Je vous invite maintenant à mettre cet épisode sur pause. Vous choisissez une phrase et vous la redites trois, quatre, cinq, six, dix fois de suite en mettant des silences à des endroits différents et des silences aussi longs et aussi intenses que possible. Allez-y.
Et maintenant, faisons ensemble le débriefing.
Si, pendant le silence, vous avez baissé les yeux, contracté lagorge ou retenu votre souffle, le silence a peut-être été vécu comme une panne. Revenez donc à une respiration simple. Gardez le regard vivant, la gestuelle vivante. Sentez vos appuis au sol.
Si vous avez eu envie de dire : « euh »... alors, c'est bon signe, vous venez de repérer l'endroit précis où vous devez travailler. À cet endroit-là, remplacez le remplissage par une présence.
Si le silence vous paraît très long, c'est normal. Pour celui qui parle, une seconde peut sembler durer une éternité. Pour l'auditeur, elle passe souvent très bien, surtout si elle est habitée.
Peut-être aussi, avez-vous remarqué que, pour que ces silences gagnent en intensité, il faut que, quand vous parlez, vous utilisiez toute la panoplie de la carte Le Musicien, c'est-à-dire les variations de tempo, les accents, la prononciation, les variations de volume. Et c'est tout ça qui va rendre votre discours palpitant qui sera mis en relief par les silences.
C'était donc l'exercice Le silence qui remplace le « euh ».
Cette semaine, je vous invite à le pratiquer chaque jour. Vous choisissez une phrase et vous la répétez 5, 6, 10 fois de suite en y mettant des silences à des endroits différents et des silences aussi longs que possible et en utilisant tous les autres outils pour rendre votre parole captivante.
Au besoin, vous pouvez vous enregistrer pour observer le résultat.
Je vous invite aussi à pratiquer cet exercice dans trois situations très simples :
1- La première, avant de répondre à une question qui vous est posée, plutôt que de commencer par « euh... » Alors, vous vous rassemblez et vous donnez votre réponse.
2- Deuxième situation : au début d'un appel téléphonique, veillez à remplacer les « euh... » par des silences.
3- Et troisième situation, quand vous cherchez un mot en réunion, vous entendez le « euh... » qui va arriver, vous l'interrompez. Vous le stoppez net, vous le remplacez par un silence. Et une fois que vous avez les mots en tête, vous poursuivez votre intervention.
Dès que vous sentez un « euh... » arriver : silence, puis respiration, présence, puis les mots.
Vous verrez, moins vous remplissez votre discours par des « euh... », plus votre parole prend de la place et vous confère une autorité et une crédibilité.
Cet épisode de « Une voix, un monde » touche à sa fin. Merci de l'avoir écouté.
Et c'était, je vous l'annonce, le dernier épisode de la saison. Je vais m'interrompre pendant trois mois jusqu'à la mi-septembre. Pendant ce temps, je ne vous laisse pas seul. Vous avez tous ces 18 épisodes que vous allez pouvoir réécouter, pratiquer, pour pouvoir vous approprier ces techniques et ces outils.
Bien sûr, si vous le souhaitez, il y a aussi le livre « Votre voix, votre pouvoir » qui peut vous permettre d'aller plus loin.
Pour vous entraîner cet été, si vous le souhaitez, choisissez chaque jour un outil, un seul, et pratiquez-le. Vous pouvez le pratiquer même pendant quelques quelques jours, puis passer à un suivant. Ça peut être le souffle, le rayonnement, l'articulation, le tempo, les intonations, le phrasé, le volume, les silences…
La voix se transforme par la pratique.
Alors, je vous dis à la mi-septembre pour la suite de notre exploration.
Je vous souhaite un bel été, un bon entraînement, une bonne pratique et vous allez être une voix qu'on écoute, une parole qui compte.