Bonjour et bienvenue dans « Une voix, un monde », le podcast qui s'intéresse à la voix et à la parole.
Avez-vous remarqué que dans une réunion bruyante, notre premier réflexe est souvent de parler plus fort ? Comme si, pour être entendu, il fallait ajouter du bruit au bruit. Et pourtant, parfois, le geste le plus puissant consiste à faire exactement l'inverse : baisser le volume. Non pas disparaître, non pas chuchoter, mais parler moins fort. Avec plus de présence. Aujourd'hui, nous allons explorer le volume sonore. Comment l'augmenter, le réduire, le nuancer pour mieux capter l'attention, convaincre et créer une communication orale plus vivante.
Je suis Roch Jamelot, coach vocal et expert en communication orale.
Parce que mieux parler, c'est peut-être mieux vivre, parce que la parole n'est pas une marchandise, mais une responsabilité, un acte d'humanité : dans « Une voix, un monde », partons à la recherche des secrets de la parole vivante, authentique.
Chaque samedi, nous explorons ensemble une question qui nous concerne tous autour de la voix et de la parole. Et je vous transmets un exercice à mettre en pratique au cœur de votre quotidien pour nourrir votre puissance d'agir dans le monde. Car une voix qui s'élève, c'est un monde qui s’éveille.
La scène se passe dans une salle de réunion. Grande table, ordinateurs ouverts, gobelets de café, ventilation un peu bruyante et, surtout, 12 personnes qui parlent presque en même temps. Le sujet est important, le ton monte. Chacun essaie de faire passer son point de vue. Plus la réunion avance, plus les voix prennent de la place. On coupe, on reformule, on insiste, on répète. Bref, un orchestre sans chef avec uniquement des cuivres. Au bout de la table, il y a Claire. Elle est responsable de projet, elle a une idée simple, mais elle n'arrive pas à l'installer. Elle commence une phrase, quelqu'un l'interrompt. Elle recommence plus fort… rien à faire. Puis elle s'arrête. Elle respire, elle se redresse, elle regarde le groupe avec un regard panoramique et soutenu. Et, au lieu de monter le volume, elle baisse la voix. Elle dit, doucement, mais très clairement : « Je vais le formuler autrement : le vrai problème, ce n'est pas le calendrier. C’est la décision que nous n'avons pas encore prise. » Et là, quelque chose change : on se tourne vers elle, on l'écoute. La salle se rassemble autour de sa voix. Elle a parlé moins fort et elle a été mieux écoutée.
La semaine dernière, nous avons parlé du phrasé, cette manière de lier ou de détacher les mots pour pour guider l'écoute.
Aujourd'hui, nous restons dans la carte Le Musicien de la méthode Cartes Orales®, mais avec un autre outil : le volume sonore. Le volume, c'est l'intensité sonore. En musique, on parle de « forte » pour un son fort, de « piano » pour un son doux, avec toutes les nuances possibles : « mezzo forte », « mezzo piano », « pianissimo », « fortissimo ».
En communication orale, nous avons aussi ces variations de le volume.
Et le volume n'est pas seulement une question de décibels. Le volume est aussi un signal émotionnel. Quand une émotion à forte activation physiologique nous traverse, par exemple la colère, la terreur, l'excitation, la joie débordante, le corps se mobilise, le souffle se charge, la pression augmente, le volume sonore augmente considérablement.
À l'inverse, dans une émotion à faible activation physiologique comme la tristesse, l'abattement, l'ennui, le volume a tendance à baisser, le tempo se ralentit, la voix peut devenir plus terne, plus soufflée aussi.
Autrement dit, notre volume sonore a tendance à signaler à l'auditeur notre état émotionnel.
Et c'est là que l'enjeu devient relationnel. Une personne qui ne maîtrise pas du tout son volume sonore risque d'être perçue comme une personne débordée par son état interne.
Trop fort, trop vite, on entend la colère, la panique ou l'agitation.
Trop faible, trop longtemps, on entend le retrait, la perte d'élan, parfois le découragement.
Maîtriser son volume, ce n'est donc pas cacher ses émotions, c'est éviter qu'elles prennent, seules, les commandes de notre parole.
Le volume peut donc être un signal émotionnel. Et le volume, c'est aussi le niveau d'énergie que vous libérez dans la relation. Quand vous augmentez le volume, vous envoyez plus d'énergie vers l'auditeur. Vous allez vers lui, vous vous rapprochez de lui par la voix.
Quand vous diminuez le volume, vous créez un autre mouvement. Vous invitez l'auditeur à se rapprocher de vous. Vous l'amenez à tendre l'oreille, à entrer dans une écoute plus fine.
C'est pour cela que le volume est un outil relationnel. Il déplace le centre de la relation.
Un volume fort peut être très utile. Il permet de lancer une dynamique, de réveiller une salle, de marquer un point important, de soutenir une prise de parole en public. Il peut donner de l'élan, de la clarté. Il peut influencer. Mais attention, trop de volume fort, trop longtemps, peut fatiguer. Il peut aussi écraser l'auditeur. Une voix trop forte pendant plusieurs minutes, c'est comme une lumière braquée dans les yeux. Au début, on voit mieux ; au bout d'un moment, on ferme les paupières.
À l'inverse, un volume faible peut créer de l'intimité, du lien, une écoute plus concentrée. Baissez la voix après un passage plus énergique peut produire un effet très puissant. On sent que quelque chose d'important arrive. Le public se rapproche mentalement. Mais là encore, attention, si vous parlez trop longtemps, trop doucement, vous demandez trop d'efforts d'écoute. L'auditeur doit compenser. Il tend l'oreille, puis il se fatigue, puis il décroche. Et là, ce n'est plus une parole subtile, c'est une parole qui oblige l'auditeur à faire tout le travail. Au lieu d'écouter votre idée, il dépense son énergie à essayer de vous entendre.
Il y a donc une règle simple : le volume fonctionne par contrastes.
Un volume fort est efficace lorsqu'il crée un élan, un relief.
Un volume doux devient puissant lorsqu'il concentre l'écoute en renforçant la présence.
Et c'est ici qu'il faut faire une distinction capitale. Volume et rayonnement ne sont pas la même chose. Nous avons vu le rayonnement dans l'épisode 12.
Le volume, c'est la quantité d'énergie sonore que vous libérez.
Le rayonnement, c'est la manière dont votre voix habite l'espace.
Vous pouvez parler avec un volume modéré et et avoir beaucoup de rayonnement.
Vous pouvez parler aussi très fort sans rayonner vraiment. Dans ce cas, vous poussez du son, mais votre présence ne se déploie pas.
Imaginez une lampe. Vous pouvez avoir une lampe très puissante, mais mal orientée. Elle éblouit sans éclairer. Et vous pouvez avoir une lumière plus douce, mais bien orientée, qui rend toute la pièce lisible. La voix fonctionne un peu de cette de manière.
C'est pour cela que parler doucement ne veut pas dire parler mollement. Un volume faible n'est pas une absence d'énergie, c'est une énergie conduite autrement.
Les musiciens connaissent bien cette difficulté. Pour un jeune musicien, réussir un beau pianissimo est souvent très difficile. Quand le volume devient faible, le timbre peut disparaître, la ligne musicale peut se perdre, l'expression peut s'effondrer. Il ne reste qu'un son maigrelet, prudent, presque absent.
Dans la voix parlée, c'est pareil. Quand nous baissons le volume, nous avons parfois tendance à perdre l'articulation, à laisser tomber les fins de phrases, à souffler au lieu de parler. La voix devient floue et l'auditeur n'entend plus une confidence, il entend un brouillard.
Pour garder la présence malgré un volume plus faible, il faut donc maintenir quatre choses.
1- D'abord, le souffle. Le souffle en baleine bleue, ample, calme, disponible, qui porte la phrase sans pousser.
2- Ensuite, l'articulation. Un volume doux exige souvent une articulation plus précise, plus mobilisée.
3- Puis le rayonnement. Même doucement, vous pouvez parler dans l'espace, pas dans votre gorge. Ouvrir l'espace avec votre voix.
4- Et enfin, les intonations. Si le volume baisse, mais que la voix reste vivante, l'écoute va rester accrochée.
Attention aussi à ne pas confondre parler doucement et chuchoter. Le chuchotement laisse passer beaucoup d'air non vibré. Cette façon de parler, si elle devient habituelle, peut conduire à de la fatigue vocale.
De même, parler fort ne veut pas dire crier. Le cri contracte, durcit, force. La voix efficace n'est pas une voix qui pousse, c'est une voix qui s'organise.
Dans les environnements bruyants, nous avons naturellement tendance à augmenter notre intensité vocale pour rester audible. C'est un réflexe bien connu. Quand le bruit augmente, la voix augmente de volume. Et cela s'accompagne souvent d'un forçage vocal, d'un serrage laryngé. Pour éviter cela, misez sur la résonance de la voix : gardez la détente laryngée et augmentez le rayonnement. Votre voix sera mieux entendue alors.
Dans une réunion, si tout le monde suit ce réflexe de surenchère du volume sonore, chacun ajoute de l'énergie sonore et la salle devient de plus en plus fatigante. Alors parfois, la stratégie la plus efficace n'est pas d'ajouter du volume, c'est de créer un contraste, de baisser, de ralentir un peu, de mieux articuler, de rayonner davantage.
Autre Justement dit, ne pas faire plus de bruit, mais de faire dresser l'oreille, de faire mieux écouter.
C'est cela l'élégance du volume sonore en communication orale : savoir quand aller l'auditoire et savoir quand l'inviter à venir vers soi.
Et cette habileté à faire varier le volume sonore tout en conservant la présence et le rayonnement, c'est quelque chose qui s'entraîne et c'est l'objet de l'exercice du jour.
Exercice du jour : « Le curseur d'énergie »
Nous allons maintenant pratiquer un exercice simple : faire varier le volume sans perdre le rayonnement. Vous pouvez le faire debout si possible. Sinon, assis, les deux pieds à plat au sol, le dos redressé sans raideur. Laissez les épaules descendre, la mâchoire pendante, le larynx flottant, la glotte décontractée. Gardez le regard très ouvert à 360 degrés, comme si vous étiez en contact avec toute la pièce.
La phrase de travail est la suivante : « Je baisse le volume, mais je garde ma présence ».
« Je baisse le volume, mais je garde ma présence ».
Première étape : le volume naturel, spontané.
Dites simplement la phrase comme vous la diriez à quelqu'un placé à deux mètres de vous : « Je baisse le volume, mais je garde ma présence. »
Allez-y, encore une fois. « Je baisse le volume, mais je garde ma présence. »
Cherchez une voix simple, claire, équilibrée.
Deuxième étape, le volume fort, mais sans crier.
Imaginez maintenant que vous vous adressez à quelqu'un au fond d'une grande salle. Vous augmentez l'énergie, mais vous ne poussez pas dans la gorge. Vous gardez le souffle en baleine bleue, la glotte détendue, l'articulation précise.
« Je baisse le volume, mais je garde la présence. »
À vous.
« Je baisse le volume, mais je garde la présence. »
Observez. Est-ce que la voix se déploie ? Est-ce que vous avez crié ? Si ça serre la gorge, réduisez un peu. Cherchez la voix rayonnante, pas la voix forcée.
Puis, Troisième étape : le volume doux, mais sans chuchoter.
Cette fois, vous baissez le volume. Mais attention, vous ne laissez pas tomber la phrase. Vous gardez les consonnes, vous gardez les voyelles vivantes. Vous continuez à parler dans l'espace.
Dites, volume doux : « Je baisse le volume, mais je garde ma présence. »
Encore une fois, et vérifiez que le son est encore timbré. Est-ce que les mots sont nets ? Est-ce que vous êtes encore là ? Allons-y : « Je baisse le volume, mais je garde ma présence. »
Quatrième étape, le contraste.
Nous allons alterner une fois avec un volume fort, une fois avec un volume faible. Mais dans les deux cas, même rayonnement, vous vous adressez au monde entier, devant, sur les côtés, derrière, à 360 degrés.
Volume fort : « Je baisse le volume, mais je garde ma présence. »
Volume doux : « Je baisse le volume, mais je garde ma présence. »
Maintenant, prenez une phrase que vous pourriez dire en réunion. Par exemple : « J'aimerais attirer votre attention sur un point important », mais ça peut être une toute autre phrase.
Dites-la de trois façons. La première, en volume moyen. Puis la deuxième, en volume plus fort, comme pour relancer l'attention. La troisième, en volume plus doux, comme pour inviter le groupe à se rapprocher.
Je vous propose de mettre cet épisode sur pause, le temps de pratiquer l'exercice.
Vous voyez, en variant le volume, le sens change, la relation change.
Avec le volume fort, vous allez vers l'auditoire, vous lui envoyez de l'énergie.
Avec le volume doux, vous l'invitez à venir vers vous.
Faisons le point rapidement.
- Si, en parlant fort, vous sentez que la gorge pousse, que le coup se contracte, que le son devient dur, alors vous êtes probablement en train de crier ou de forcer. Revenez au rayonnement, pas à la puissance brute.
- Si en parlant doucement, vous perdez les consonnes, les fins de phrases ou le timbre, vous êtes peut-être en train de disparaître. Revenez au souffle, à l'articulation mobilisée, aux intonations et aux rayonnements.
- Le bon repère est celui-ci : le volume varie, mais la présence reste intense.
C'était donc l'exercice « le curseur d'énergie »
Cette semaine, je vous invite à le pratiquer chaque jour avec une phrase de votre quotidien. Avant une réunion, avant un appel, avant une présentation, choisissez une phrase importante et dites-la trois foi :
1- La première, en volume moyen ;
2- La deuxième, en volume fort ;
3- La troisième, en volume plus doux.
Votre objectif n'est pas de fabriquer une voix artificielle, évidemment. Votre objectif est d'élargir votre liberté de jeu. Ainsi, en situation réelle, votre voix pourra ajuster naturellement le bon niveau d'énergie selon le contexte, selon votre auditoire, selon votre propos, selon votre intention.
Cet épisode de « Une voix, un monde » touche à sa fin. Merci de l'avoir écouté.
Et, bien sûr, comme toujours, je vous invite à vous abonner via votre plateforme de podcasts préférée et à vous inscrire à mon infolettre sur mon site internet www.rochjamelot.fr, à la page Contact. Ainsi, vous recevrez chaque samedi l'annonce de la sortie de l'épisode et la transcription de l'exercice pour la semaine.
Et puis, partagez cet épisode. Vous rendrez peut-être un grand service à quelqu'un de votre entourage.
À samedi prochain pour un nouvel épisode.
Je vous souhaite un bon entraînement, une bonne pratique et vous allez être une voix qu'on écoute, une parole qui compte.