Bonjour et bienvenue dans « Une voix, un monde », le podcast qui s'intéresse à la voix et à la parole.
Avez-vous remarqué qu'une personne peut dire une idée excellente et perdre complètement son auditoire parce qu'elle parle trop vite ? Ou, à l'inverse, qu'une phrase très simple peut devenir importante simplement parce qu'elle est posée lentement au bon moment ?
Aujourd'hui, nous allons parler du tempo. Pas seulement de la vitesse, mais de la manière dont votre rythme vocal influence l'attention, les émotions, la pensée, la crédibilité et votre capacité à convaincre.
Je suis Roch Jamelot, coach vocal et expert en communication orale.
Parce que mieux parler, c'est peut-être mieux vivre, parce que la parole n'est pas une marchandise, mais une responsabilité, un acte d'humanité : dans « Une voix, un monde », partons à la recherche des secrets de la parole vivante, authentique.
Chaque samedi, nous explorons ensemble une question qui nous concerne tous autour de la voix et de la parole. Et je vous transmets un exercice à mettre en pratique au cœur de votre quotidien pour nourrir votre puissance d'agir dans le monde. Car une voix qui s'élève, c'est un monde qui s’éveille.
Imaginez une réunion de travail, un projet important, une décision à prendre. Tout le monde a lu le dossier, en principe. Je dis bien : en principe ! Marc prend la parole. Il connaît son sujet, il a travaillé, il a des chiffres, des arguments, une vraie vision. Mais dès les premières secondes, il parle très vite, trop vite. Les mots se suivent, les phrases se bousculent, les idées arrivent les unes sur les autres comme des voyageurs pressés dans le métro à 8h30. Au bout d'une minute, le public n'écoute plus vraiment. Certains décrochent, d'autres se crispent. Quelques-uns regardent leurs notes en espérant retrouver le train en marche.
Puis, Marc s'arrête. Il respire, il reprend plus lentement : « Le point essentiel est le suivant : si nous voulons réussir ce projet, nous devons d'abord clarifier notre priorité ».
Même personne, même idée, même salle, mais cette fois, quelque chose change.
Le tempo vient de redonner de la place à la pensée.
Dans l'épisode précédent, nous avons exploré les intonations, la mélodie qui crée le lien. Aujourd'hui, nous poursuivons avec une autre dimension du Musicien, dans la méthode Cartes Orales®, le tempo, c'est-à-dire la vitesse à laquelle la parole avance.
Le tempo, dans la parole, c'est la de vitesse du mouvement.
Vous pouvez parler vite, lentement, très lentement, accélérer, ralentir, garder une pulsation régulière ou créer des ruptures.
Comme toujours avec la voix, la question n'est pas : « Quel est le bon tempo ? » La vraie question est : « De quel tempo ai-je maintenant besoin pour servir mon intention, mon message et la relation avec mon auditoire ? »
Parce qu'un tempo n'est jamais neutre. Il produit un effet.
Un tempo rapide peut donner de l'énergie. Il peut stimuler, entraîner, lancer une dynamique. Quand vous voulez ouvrir une phase de créativité, faire jaillir des idées, transmettre de l'enthousiasme, donner envie d'agir : un tempo plus vif peut être utile. Mais si le tempo devient trop rapide, trop serré, trop saccadé, alors l'énergie peut se transformer en pression. L'auditeur ne se sent plus entraîné, il se sent poursuivi et personne n'aime être poursuivi par une présentation.
Un tempo lent, lui, produit autre chose. Il donne du poids, il laisse respirer les idées, il permet à l'auditeur de comprendre, d'intégrer, de ressentir. Il peut donner une impression de calme, de maîtrise, de profondeur. Mais là aussi, attention, ne veut pas dire mou. Une parole lente, sans énergie, sans articulation, sans présence, peut devenir ennuyeuse. Elle peut donner l'impression que la pensée n'avance pas. Ou pire, que l'orateur cherche encore la sortie de sa propre phrase.
Le tempo n'est pas seulement la vitesse à laquelle vous parlez.
C'est un choix d'effet.
Rapide, il peut donner de l'élan.
Lent, il peut donner du poids.
Mais dans les deux cas, tout dépend de l'intention, de l'énergie et de la présence que vous mettez dans votre parole.
Le tempo joue aussi un rôle très fort dans les émotions.
Pensez à la peur. Quand quelqu'un a peur, souvent, tout s'accélère. Le souffle, le cœur, la voix, les gestes, la pensée.
Pensez à la colère. Les mots peuvent devenir rapides, percutants, parfois coupants.
Pensez à la tristesse. Le tempo ralentit. Les phrases s'allongent. Les pauses deviennent plus fréquentes.
Pensez à la sérénité. Là encore, le tempo peut ralentir, mais avec une présence plus stable, plus lumineuse.
Bien sûr, ce n'est pas mécanique. Il ne suffit pas de parler lentement pour créer de la sérénité. Sinon, tous les messages d'attente sur les répondeurs de services administratifs seraient des séances de méditation. Ce n'est pas exactement le sentiment qu'on en éprouve en général.
Mais le tempo donne une pulsation émotionnelle. Il propose au corps de l'auditeur un rythme dans lequel entrer. Quand vous parlez vite, vous pouvez accélérer l'état intérieur de l'autre, son rythme cardiaque, son rythme respiratoire. Quand vous ralentissez, vous pouvez lui offrir un appui.
Et parfois, dans une salle tendue, une parole plus lente, plus posée, plus respirée, peut faire baisser la température émotionnelle sans rien imposer. Simplement en donnant un autre rythme. C'est un point essentiel en prise de parole en public, en management, en formation, en négociation, en enseignement, en accompagnement.
Votre tempo n'est n'est pas seulement un style, c'est un outil d'influence.
Le tempo influence donc les émotions, mais il influence aussi la manière de réfléchir.
Quand le tempo est rapide, la pensée peut devenir plus associatives. Les idées rebondissent. On passe d'une image à l'autre, d'une possibilité à l'autre. C'est très utile pour inventer, explorer, innover, ouvrir. C'est le tempo du brainstorming. « Et si on essayait ceci ? Et si on changeait cela ? Et si on imaginait une autre approche ? »
Le tempo rapide peut aider à sortir du cadre.
Quand le tempo ralentit, la pensée change de nature. Elle peut devenir plus analytique, plus profonde, plus évaluative. On ne cherche plus là à produire une multitude d'idées. On cherche à les peser. C'est le tempo de la décision. Quelles sont les conséquences ? Qu'est-ce que nous savons vraiment ? Qu'est-ce qui reste incertain ?
On pourrait dire, pour simplifier, que le tempo rapide favorise le jaillissement et que le tempo lent favorise l'approfondissement.
Quand vous changez le tempo de votre parole, vous ne changez pas seulement la musique de votre message. Vous pouvez contribuer à changer l'état d'écoute, l'état corporel et l'état mental de votre auditoire.
C'est pour cela que dans une même intervention, vous avez intérêt à varier.
Si tout est rapide, l'auditeur se fatigue.
Si tout est lent, il s'endort.
Et si tout est au même tempo, même un propos brillant peut devenir un simple fond sonore. Un tempo constant, c'est comme le bruit d'une ventilation. Au début, on l'entend, puis le cerveau décide que rien ne change. Donc, ce n'est plus une information prioritaire et l'attention peut se promener ailleurs, parfois très loin, parfois jusqu'à la liste des courses qu'on doit faire le week-end.
Varier le tempo, c'est réveiller l'écoute.
Vous pouvez accélérer pour créer de l'élan, puis ralentir pour poser l'idée essentielle. Vous pouvez parler plus vite pour traverser une information secondaire, puis ralentir sur une phrase clé.
Vous pouvez accélérer pour raconter une action, puis ralentir pour en tirer une conclusion.
Vous pouvez ralentir pour annoncer une décision ou une information capitale oral, puis reprendre un tempo plus vif pour ouvrir sur la suite.
Ce jeu de tempo donne du relief à la communication orale.
Il aide votre public à distinguer ce qui est secondaire de ce qui est central. Il soutient l'éloquence, non pas comme une décoration, mais comme conduite de l'attention.
Et puis, il y a un autre effet majeur : la crédibilité.
Quelqu'un qui maîtrise son tempo donne souvent une impression de maîtrise de soi.
Pourquoi ? Parce que le stress dérègle le tempo. Chez certains, il accélère tout : la voix, les gestes, les idées. Chez d'autres, il freine tout. Il entrave. Les phrases se bloquent, les hésitations se multiplient, les euh, euh, euh apparaissent comme des petits cailloux sur le chemin.
Alors, quand une personne est capable de ralentir sans s'éteindre, d'accélérer sans s'agiter, de poser une phrase importante sans se précipiter, elle envoie un signal très fort : « Je suis là, je tiens le fil, je ne suis pas emportée par la situation ». Cela renforce la crédibilité.
Alors, on me dit souvent à propos des réunions : « Oui, mais si en réunion, je parle lentement, on va me couper la parole ». C'est vrai que dans certains environnements, professionnels entre autres, le tempo collectif est rapide. Mais parler lentement ne veut pas dire parler longuement.
Vous pouvez être bref et lent. C'est même très puissant.
Par exemple : « Je propose une autre lecture ». Pause. « Le problème n'est pas le budget. Le problème, c'est la priorité ». Ce n'est pas long, mais c'est posé. Et parce que c'est posé, cela peut prendre plus de place.
Souvent, dans une réunion, celui qui parle en premier impose le tempo de l'échange, mais vous pouvez aussi proposer un autre tempo. Vous pouvez écouter « musicalement » la salle et vous demander : « Dans quel tempo ai-je envie d'inscrire mon message ? » Parfois, vous choisirez de vous glisser dans le tempo général. Parfois, vous choisirez de le ralentir. Parfois, vous choisirez de le relancer.
C'est cela la maîtrise : ne pas subir le tempo, mais le conduire.
Et conduire son tempo, ce n'est pas manipuler. C'est prendre la responsabilité de l'effet que produit sa parole. Dans une communication orale éthique, convaincre ne consiste pas à pousser l'autre dans une direction. Convaincre, c'est créer les conditions pour qu'il puisse vous entendre, vous suivre, réfléchir avec vous et décider en conscience. Votre tempo peut l'y aider.
Mais alors, varier son tempo à volonté, ça s'entraîne, évidemment. Et, vous l'avez deviné, c'est l'objet de l'exercice du jour.
Exercice du jour : « Rien ne sert de courir… ».
Nous allons maintenant pratiquer un exercice très simple à partir d'une phrase célèbre de Jean de La Fontaine dans sa fable « Le Lièvre et la tortue ».
La phrase est la suivante : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. »
Vous pouvez faire l'exercice tout de suite en m'écoutant avec moi.
1- Première étape de l'exercice.
Dites cette phrase très lentement, pas mollement, mais lentement, avec présence, comme si chaque mot devait trouver sa place.
« Rien ne sert de courir, il faut partir à point. »
Encore une fois.
« Rien Rien ne sert de courir, il faut partir à point. »
Maintenant, posez-vous simplement la question : « Qu'ai-je mobilisé en moi pour réussir à incarner ce tempo lent, Avec une intention juste, avec présence ? ».
Avez-vous mobilisé
- davantage de souffle ?
- Davantage d'ancrage au sol ou à l'intérieur de vous ?
- Davantage d'attention ?
- Davantage de calme intérieur ?
Et puis, notez que, dite ainsi lentement, la phrase prend un certain sens.
2- Et maintenant, deuxième étape.
Dites la même phrase très vite, vraiment vite, mais sans avaler les mots. L'enjeu est de garder l'articulation, même dans l'accélération.
« Rien ne sert de courir, il faut partir à point. »
Encore une fois, plus rapide.
« Rien ne sert de courir, il faut partir à point. »
Et maintenant, posez-vous la même question : « Qu'ai-je mobilisé en moi pour réussir à incarner ce tempo rapide avec une intention juste, avec présence ? »
Avez-vous mobilisé
- plus d'énergie ?
- Plus de tonicité ?
- Plus de précision ?
- Plus de concentration ?
- Plus d'articulation ?
De plus, remarquez que, dite ainsi rapidement, la phrase prend un autre sens. Ni meilleur ni moins bon, mais différent.
3- Troisième étape de l'exercice, nous allons maintenant alterner.
Une fois très lentement : je vous laisse le faire seul maintenant.
Et puis, une fois très rapidement : je vous laisse le faire seul.
4- Quatrième étape : clarifier l'intention dans laquelle vous voulez exprimer cette phrase.
Vous voulez la dire, maintenant, par exemple :
- avec l'intention de calmer votre interlocuteur ?
- ou d'encourager quelqu'un qui doute ou qui se décourage ?
Dites-là après avoir clarifié votre intention et ajustez le tempo pour que celui-ci soutienne votre intention.
Le tempo juste, ce n'est pas une vitesse moyenne, c'est une vitesse habitée, choisie, conduite.
C'était donc l'exercice « Rien ne sert de courir ».
Cette semaine, je vous invite à refaire cet exercice avec un petit texte que vous aimez, un poème, une fable, un extrait de roman, une phrase de discours ou même un texte professionnel ou un article de magazine.
Lisez une première fois volontairement très lentement, puis une deuxième fois volontairement très rapidement. Vous pouvez même alterner d'une phrase à l'autre, une phrase lente, une phrase rapide ou une ligne lente, une ligne rapide et ainsi de suite.
Vous sentirez très vite que le tempo change votre rapport au texte, à votre souffle, à votre pensée, à vos émotions et à celles et ceux qui vous écoutent.
Puis, relisez ce texte une dernière fois en cherchant le tempo qui varie de façons à servir vraiment le sens que vous voulez y mettre.
Pratiquez-le quelques minutes par jour. Vous développerez peu à peu une parole plus souple, plus vivante, plus maîtrisée, une parole capable de dégénérer quand il faut entraîner, de ralentir quand il faut poser et de trouver le rythme juste pour convaincre sans précipiter.
Si vous suivez les épisodes depuis le début, vous vous rendez compte que les exercices que je vous propose sont le plus souvent très simples. Ils sont très rapidement compris. Mais le fait de les pratiquer au jour le jour va vous permettre de vous approprier les techniques, de les intégrer. Parce que, au cours d'une conversation ou d'une réunion, il n'est pas question de penser à sa voix. Il est question de penser à son objectif, au public auquel on s'adresse, mais pas à la voix. Ça doit venir tout seul, automatiquement. Et c'est pourquoi il faut avoir entraîné toutes ces techniques.
D'où l'importance des exercices que je vous propose, malgré leur simplicité apparente.
Cet épisode de « Une voix, un monde » touche à sa fin. Merci de l'avoir écouté.
Et bien sûr, comme toujours, je vous invite à vous abonner via votre plateforme de podcasts préférée et à vous inscrire à mon infolettre sur mon site internet www.rochjamelot.fr, à la page Contact. Ainsi, vous recevrez chaque samedi l'annonce de la sortie de l'épisode et la transcription de l'exercice pour la semaine.
Et puis, partagez cet épisode. Vous rendrez peut-être un grand service à quelqu'un de votre entourage.
À samedi prochain pour un nouvel épisode.
Je vous souhaite un bon entraînement, une bonne pratique et vous allez être une voix qu'on écoute, une parole qui compte.