Bonjour et bienvenue dans « Une voix, un monde », le podcast qui s'intéresse à la voix et à la parole.
Avez-vous remarqué, parfois, tout semble plutôt bien engagé pour votre voix , le souffle est là, la gorge paraît calme et pourtant, dès que la voix arrive, quelque chose accroche ? Comme si le son, au lieu d'apparaître simplement, devait passer par une sorte de herse intérieure.
Alors, comment laisser la voix vibrer librement, sans dureté, sans lutte, sans fatigue inutile ? C'est ce que je vous propose d'explorer aujourd'hui.
Je suis Roch Jamelot, coach vocal et expert en communication orale.
Parce que mieux parler, c'est peut-être mieux vivre, parce que la parole n'est pas une marchandise, mais une responsabilité, un acte d'humanité : dans « Une voix, un monde », partons à la recherche des secrets de la parole vivante, authentique.
Chaque samedi, nous explorons ensemble une question qui nous concerne tous autour de la voix et de la parole. Et je vous transmets un exercice à mettre en pratique au cœur de votre quotidien pour nourrir votre puissance d'agir dans le monde. Car une voix qui s'élève, c'est un monde qui s’éveille.
Imaginez quelqu'un qui commence à sentir des choses nouvelles dans sa voix. Cette personne a découvert le souffle en baleine bleue, avec notre épisode 6. Elle pousse moins, elle sent mieux son souffle. Elle commence même à percevoir ce fameux coussin d'air à l'avant de la bouche, depuis l'épisode 7. Bref, se dit : « Ça y est, quelque chose s'éclaire ». Et puis, elle parle, et là, au moment même où la voix arrive, tout se resserre un peu, comme si le système disait : « Bon, pour le souffle, d'accord, mais pour le son, laisse-moi reprendre le contrôle ! ». Et c'est une situation très fréquente : on trouve un meilleur chemin pour l'air, puis on perd ce bénéfice au moment précis où il faudrait simplement laisser vibrer. C'est souvent là que se niche l'effort inutile et parasite. Pas forcément dans le manque de souffle, mais dans la manière dont la voix vient briser cette vague d'air au lieu de surfer dessus.
La semaine dernière, dans l'épisode 7, nous avons préparé le terrain. Nous avons vu que pour éviter le forçage vocal, les cordes vocales n'ont pas à jouer le rôle d'un robinet qui retient l'air. Au contraire, l'idée était de laisser s'installer une colonne d'air jusqu'à l'avant de la bouche, avec ce coussin d'air qui change déjà beaucoup de choses.
Cette fois, j'aimerais que nous allions un peu plus loin, car sentir le coussin d'air, c'est déjà précieux. Mais une question demeure : « Que se passe-t-il au moment où la voix arrive ? Que se passe-t-il quand le souffle devient son ? » C'est souvent là que tout se joue. L'air commence à mieux circuler, le chemin s'éclaire et pourtant, dès que le son apparaît, la gorge revient parfois reprendre la main.
Les cordes vocales savent fermer, retenir, protéger le passage – c'est même l'une de leurs fonctions essentielles, notamment pour empêcher, au moment de la déglutition, que quelque chose ne s'engage dans la trachée et qui nous étoufferait. Mais dans la parole, ce réflexe de fermeture doit savoir s'effacer, car ce que l'on cherche alors, ce n'est plus la retenue, c'est la liberté de vibration. Quand le souffle est bien conduit, quand le coussin d'air est là, quand les pressions s'équilibrent mieux de part et d'autre des cordes vocales, celles-ci ne sont plus obligées de faire barrage.
Elles ne sont plus condamnées à la fois à produire le son et à contrôler l'air. Elles peuvent davantage faire leur vrai métier d'artiste : vibrer librement. Et cette liberté-là a plusieurs conséquences remarquables.
D'abord, elle change la voix au niveau acoustique. Quand les cordes vocales vibrent plus librement, le son gagne en richesse harmonique. Alors, les harmoniques, ce sont un peu comme les couleurs du son. Il y a le son principal, bien sûr, mais aussi toute une série de vibrations qui l'accompagnent et qui lui donnent plus de richesse, plus de relief, plus d'épaisseur. Le son devient alors plus vivant, plus coloré, plus présent. Autrement dit, le timbre s'enrichit. Mais pas seulement. Quand l'amplitude vibratoire augmente, le volume sonore peut lui aussi augmenter. La voix peut donc devenir à la fois plus riche et plus sonore avec une meilleure efficacité vocale. Ça, c'était l'effet acoustique.
Mais il y a aussi l'effet physiologique. Les cordes vocales ne sont pas des petits cordages raides, mais des tissus très fins et très souples. Elles ont une muqueuse, plusieurs couches, une certaine élasticité. Et c'est précisément cette souplesse qui leur permet de vibrer. Ce ne ne sont pas des pièces faites pour être cognées les unes contre les autres à longueur de journée. Quand la voix se produit dans un geste plus équilibré, plus économique, on va dans le sens d'un meilleur respect de ces tissus. On réduit une partie des contraintes inutiles et l'on favorise dans le temps de meilleures conditions de vibration. Moins de lutte, c'est souvent moins d'usure, donc une meilleure santé vocale. Ça, C'est donc pour l'effet physiologique.
Et puis, il y a le bénéfice expressif. Une voix qui lutte est une voix qui se fige et une voix qui se fige module moins bien. À l'inverse, quand la vibration est plus libre, on retrouve de la marge. On a davantage de possibilités pour varier les intonations, pour jouer sur les rythmes, pour faire vivre les accents, pour nuancer un mot, pour suspendre une phrase, pour relancer l'écoute. Autrement dit, une voix libre de vibrer n'aide pas seulement à parler plus longtemps, elle aide à parler plus vivant. Et cela, pour la communication orale, c'est considérable, parce qu'une parole convaincante n'est pas seulement une parole claire. C'est une parole habitée, mobile, respirante. Une parole qui peut se colorer selon ce qu'on veut transmettre.
Et puis, pour finir, il y a aussi quelque chose de très concret du côté du bien-être. Beaucoup de personnes connaissent cette différence sans forcément savoir la nommer. Il y a les jours où la voix sort comme tirée de force, poussée. Et puis, il y a des moments où elle vient plus simplement. Dans le second cas, on ressent souvent un soulagement, une liberté, une amplitude, parfois même une forme de confort général. Ce n'est pas seulement une question de technique vocale, c'est aussi une question de sensation de soi, de sentir son corps vibrer, d'harmonie. Une voix plus libre est souvent une voix qu'on habite plus sereinement.
Alors au fond, de quoi parlons-nous aujourd'hui ? Nous parlons d'un un déplacement très important. Il ne s'agit plus de fabriquer la voix par volonté. Il ne s'agit plus de serrer un peu pour tenir, pour s'accrocher, comme on s'accroche à la rampe. Il ne s'agit plus de compenser, de pousser. Il s'agit de laisser la voix apparaître sur un souffle déjà organisé, de laisser la vibration se faire dans de bonnes conditions, de telles sortes que que les cordes vocales puissent vibrer avec ampleur sans devoir lutter pour exister. Et c'est précisément dans cette perspective que je vous propose maintenant l'exercice du jour.
L’exercice du jour : « Éole voisé ».
« Éole voisé » est, vous l’avez deviné, le prolongement de « Éole », l’exercice de l'épisode 7. Pour ceux qui ne savent pas ce que « voisé » veut dire, « voisé » ça veut simplement dire « qui s'accompagne de la voix ». Un son voisé, c'est un son qui mobilise la vibration des cordes vocales. Le principe dans « Éole voisé » est le suivant : garder le souffle de la baleine bleue, garder le coussin d'air et laisser la voix apparaître au milieu, sans rupture, sans coup de force.
Suivez-moi. Installez-vous tranquillement, debout si possible, le dos disponible, les épaules libres, détente laryngée avec mâchoire pendante, larynx flottant, glotte décontractée. Vous vous souvenez de la baleine bleue de l'épisode 6 ? L'air sort en jaillissant vers le haut. Puis, « Plouf ! », relâchement de la sangle abdominale et l'air revient tout seul, passivement, sans bruit. Avec Éole, on ajoutait le fait que, quand on souffle, les joues se gonflent, faisant apparaître cette sensation de coussin d'air à l'avant de la bouche. Maintenant, avec Éole voisé, ce sera le même principe mais, quand l'air est installé et que le coussin d'air est installé, nous allons laisser venir un son voisé.
Je vous le montre [exemple]. Vous entendez ? C'est un son très léger, très diffus, très continu. Pas un son qui s'impose comme... [exemple]. Mais plutôt un son qui vogue sur l'air.
Donc, la séquence est la suivante :
- Souffle seul,
- puis souffle plus son voisé,
- puis souffle seul.
Je vous le refais ? [exemple] Puis plouf.
Quand l'expérience est juste, on a une continuité dans le geste :
- Le souffle se met en route et prépare le chemin ;
- Puis la voix se glisse sur le souffle ;
- Puis la voix se retire, mais le souffle continue ;
- Puis le souffle s'interrompt.
Quand l'expérience est juste, on sent aussi, souvent, que la sensation principale se déplace. Elle est moins enfermée dans la gorge. Elle se perçoit davantage vers l'avant de la bouche, là où se tient le coussin d'air.
Et puis, il y a cette impression très précieuse : moins de poids, moins de serrage, moins de barrage.
Quant aux difficultés, elles sont intéressantes aussi à observer :
- La première, c'est de vouloir faire du son, faire de la voix. À ce moment-là, le son se durcit, le bruit du souffle disparaît aussi.
- La deuxième, c'est de perdre le coussin d'air dès que la voix arrive. Autrement dit, la gorge reprend le pouvoir et se ferme.
- La troisième, c'est de vouloir déjà un Un joli timbre, une belle démonstration. Or, ce n'est pas du tout cela qui compte ici, au contraire. Ce qui compte, c'est l'équilibre pour que les cordes vocales soient comme en apesanteur.
Rassurez-vous, ce n'est pas ce son-là quand je parle, je ne parle pas comme ça, bien sûr, évidemment [exemple]. Là, c'est un exercice qui permet l'équilibrage de la voix. Le son parlé, sonore comme ça, nécessite de la résonance. Et la résonance fera l'objet d'un épisode à venir.
Mais pour l'instant, acceptons ce son nébuleux, diffus, accompagné de bruits de souffle.
Deux petits ajustements peuvent aider :
- Le premier, faire un son très neutre, diffus, et surtout sans chercher à « Faire du son », sans chercher à produire du timbre.
- Le second, raccourcir beaucoup la durée de la phase voisée. Une brève du son suffit largement pour sentir si la voix se glisse sur l'air ou si elle recommence à lutter contre lui.
C'était donc l'exercice Éole voisé. Je vous invite à le pratiquer chaque jour, deux à trois minutes. Le matin, avant une réunion, avant un cours, avant une répétition, avant une prise de parole en public ou simplement quand vous sentez que votre voix repart dans la gorge. Cet exercice a quelque chose de très précieux : Il apprend à laisser vibrer sans serrer, à garder le souffle de la baleine bleue, à maintenir la sensation du coussin d'air à l'avant et à laisser la voix apparaître dans cet équilibre.
Avec Le temps, cela peut changer beaucoup de choses : plus de présence, plus de richesse, plus de souplesse, plus d'expressivité et moins de fatigue inutile.
Cet épisode de « Une voix, un monde » touche à sa fin. Merci de l'avoir écouté.
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Et j'en profite pour vous annoncer une très bonne nouvelle : mon livre « Votre voix, votre pouvoir » paraîtra le 16 avril 2026 aux éditions Vuibert. Si vous êtes curieux, vous pouvez déjà aller le voir sur Amazon ou feuilleter quelques pages sur le site de la FNAC et, bien sûr, le précommander dans votre librairie habituelle. Vous y retrouverez beaucoup de notions que j'explore ici dans ce podcast et bien davantage encore, avec 105 exercices pour entraîner votre voix et votre parole au quotidien.
À samedi prochain pour un nouvel épisode.
Je vous souhaite un bon entraînement, une bonne pratique et vous allez être une voix qu'on écoute, une parole qui compte.