Bonjour et bienvenue dans « Une voix, un monde », le podcast qui s'intéresse à la voix et à la parole.
Vous êtes maintenant nombreux à suivre ce podcast et j'en suis très heureux. Une question m'a été posée cette semaine. Une fidèle auditrice, Patricia, me demande : « Lorsque je parle trop longtemps, je suis presque aphone le soir. Pareil lorsque je vais chanter. Je n'avais pas cela, plus jeune. Est-ce une question d'âge ? »
C'est une très bonne question – parce qu'elle parle de fatigue vocale, de vieillissement, de chant, de parole, mais aussi d'un point essentiel : comment continuer à parler et chanter sans forcer quand le corps change ?
Je suis Roch Jamelot, coach vocal et expert en communication orale.
Parce que mieux parler, c'est peut-être mieux vivre, parce que la parole n'est pas une marchandise, mais une responsabilité, un acte d'humanité : dans « Une voix, un monde », partons à la recherche des secrets de la parole vivante, authentique.
Chaque samedi, nous explorons ensemble une question qui nous concerne tous autour de la voix et de la parole. Et je vous transmets un exercice à mettre en pratique au cœur de votre quotidien pour nourrir votre puissance d'agir dans le monde. Car une voix qui s'élève, c'est un monde qui s’éveille.
Vous avez peut-être connu cela, vous aussi, si vous avez plus de 40 ans. Pendant longtemps, vous pouviez parler fort dans un restaurant, animer une réunion, chanter à pleine voix dans une chorale, refaire le monde pendant des heures. En fin de soirée, la voix était éraillée, mais le lendemain, tout allait bien. Et puis, un jour, vous vous apercevez que ce n'est plus pareil. La voix fatigue plus vite. Elle accroche davantage. Le soir, elle est plus mate, plus soufflée, parfois presque absente. Vous avez l'impression d'avoir fait moins d'excès qu'avant et pourtant, la récupération est moins bonne. Alors, vous vous demandez : « Est-ce simplement l'âge ? Dois-je m'y résoudre ? Est-ce ma technique ? Est-ce ma santé ? Est-ce que je dois m'inquiéter ? » La réponse, c'est qu'il peut y avoir plusieurs couches à cela. Et c'est précisément ce que nous allons démêler aujourd'hui, tout en voyant ce qu'on peut faire quand ça arrive, mais aussi bien en amont, quand on est encore très jeune.
La semaine dernière, dans l'épisode 6, je vous ai présenté la baleine bleue.
J'espère que vous avez pu vous y entraîner. Et je ne peux que vous inciter à poursuivre l'entraînement.
Dans cet épisode 6, nous avons vu quelque chose de fondamental : pour parler longtemps sans s'épuiser, il faut éviter le mode sprint permanent. On cherche, au contraire, une alternance plus intelligente : expiration active quand je parle, inspiration passive quand je relâche. C'est ce geste qui permet de porter la voix sans pousser et de récupérer sans gaspiller son énergie.
La question de Patricia nous oblige maintenant à regarder un peu plus large.
Premier point : oui, avec l'âge, le corps devient moins tolérant aux excès.
Ce n'est pas seulement vrai pour la voix, c'est vrai pour beaucoup de choses. À 20 ans, vous pouvez parfois dormir très peu, parler trop fort, boire trop peu d'eau, dîner tard, recommencer le lendemain et le corps compense. À 60 ans, les mêmes excès peuvent coûter bien plus cher. Pas parce que vous êtes cassé, mais parce que les tissus récupèrent moins vite, parce que l'élasticité change, parce que l'endurance n'est plus exactement la même, parce que la fatigabilité est plus rapide. Le niveau d'énergie général baissant, on peut aussi avoir moins de volume sonore.
Autrement dit, oui, l'âge peut jouer.
Mais cela ne veut pas dire qu'il faille se résoudre à une voix moins efficace sous prétexte qu'on vieillit. Nous allons le voir.
Deuxième point : les modifications hormonales comptent aussi. La voix est un caractère sexuel secondaire : elle est influencée par les hormones. C'est un point que je développerai un autre jour. Mais déjà, avec l'âge, cet équilibre hormonal évolue et cela peut modifier la phonation et même la morphologie du larynx.
Par exemple, chez les femmes, après la ménopause, la baisse des œstrogènes et l'évolution du rapport hormonal peuvent épaissir les cordes vocales et faire descendre la voix : on perd les aigus et on gagne des graves.
Chez les hommes, l'évolution hormonale peut, au contraire, s'accompagner d'un amincissement des cordes vocales et d'une voix qui perd ses graves et devient plus aiguë.
D'autre part, les troubles de la thyroïde peuvent provoquer un changement de voix : une voix plus rauque ou plus rugueuse. C'est donc un élément à ne pas oublier quand une voix change, surtout si le changement est net, durable ou accompagné d'autres symptômes.
Donc, à la question de Patricia Patricia :
- Oui, l'âge peut jouer ;
- Oui, les hormones peuvent jouer ;
- Oui, certaines questions médicales peuvent entrer en ligne de compte.
Mais ce n'est pas toute l'histoire.
Troisième point : très souvent, ce qui fait la différence, c'est la façon dont vous gérez la pression d'air.
Et c'est ici que nous retrouvons le sujet que j'avais prévu pour cet épisode, avant que ne me parvienne la question de Patricia. Il s'agit de l'équilibre vocal. On parle souvent de « pose de voix », de « voix posée ». Personnellement, je préfère parler de « voix équilibrée ». Une voix saine et efficace n'est pas une voix posée comme on pose une soupière sur la table. La voix est un mouvement dynamique et ce mouvement demande un équilibre entre plusieurs forces, en particulier entre la pression sous-glottique et la pression sus-glottique.
Dit plus simplement, il y pression d'air en dessous des cordes vocales et il y a la pression d'air au-dessus, dans le conduit vocal et en particulier dans la bouche. Quand cet équilibre entre ces deux pressions se fait mal, on demande souvent aux cordes vocales de faire un travail qui n'est pas le leur : elles deviennent une sorte de robinet régulateur pour que l'air ne sorte pas tout d'un coup. Et c'est là que le forçage vocal commence. Pour éviter ce forçage vocal, on va chercher à ressentir ce qu'on appelle « la colonne d'air », depuis les poumons jusqu'à l'avant de la bouche.
C'est un peu comme l'impression de devenir un ballon de baudruche gonflé, depuis la trachée jusqu'aux lèvres. Et de sentir comme un « coussin d'air », un « airbag » dans la bouche. C'est l'entretien de cette colonne d'air, de ce coussin d'air, qui permettra au corps de vocal de vibrer pleinement sans se fatiguer comme en apesanteur.
J'insiste sur ce point parce qu'il répond en profondeur à la question de Patricia.
Avec l'âge, le corps est parfois moins indulgent – très bien – mais justement, cela rend encore plus précieux un geste vocal bien équilibré. Quand on est plus jeune, on peut parfois maltraiter un peu sa voix et s'en sortir. Mais quand on avance en âge ou quand on sollicite beaucoup sa voix par ses activités de chant, de théâtre, professionnelles, d'animation de réunion, la marge de manœuvre se réduit. Le geste doit devenir plus intelligent, plus économique, plus fin. On ne peut plus compter sur la seule résistance du corps. Il faut compter davantage sur la qualité de coordination. Et pas besoin d'attendre d'avoir usé vos forces pour apprendre le bon geste. La voix n'en sera que meilleure, plus résistante, plus riche. C'est donc là que le coussin d'air devient un allié extraordinaire.
Pourquoi ? Parce qu'il déplace la sensation. Au lieu de sentir que tout se joue dans la gorge, vous allez commencer à sentir une pression organisée jusqu'à l'avant de la bouche. Autrement dit, si l'air trouve mieux son chemin, et que les pressions d'air sous-glottiques et sus-glottiques s'équilibrent, les cordes vocales n'ont plus besoin de jouer au barrage. Elles peuvent faire leur travail : vibrer librement. Et cela change énormément de choses, aussi bien pour la communication orale que pour le chant : vous parlez plus longtemps sans vous durcir, vous chantez avec moins de lutte, vous récupérez mieux, vous gagnez en présence sans serrer.
Bien sûr, cela n'empêche pas la prudence. Si vous devenez régulièrement enroué, presque à faune ou si votre voix change durablement, ce n'est pas quelque chose à balayer d'un revers de main. Une voix enrouée pendant plus de trois semaines mérite un avis médical, car des problèmes thyroïdiens ou d'autres troubles peuvent aussi en être la cause.
Mais dans la vie quotidienne de beaucoup de personnes, avant même d'en arriver là, il existe une vraie marge de progression grâce aux geste vocal.
Et dans votre cas Patricia, la bonne question n'est pas seulement : » Est-ce l'âge ? » La bonne question est aussi : « Comment dois-je maintenant parler et chanter pour respecter un corps qui a changé ? »
Et la réponse commence ici :
- Moins de forçage,
- Moins de gorge qui sert de robinet,
- Plus d'équilibre de pression,
- Plus de coussin d'air.
Donc, pour cela, refaites régulièrement :
- l'exercice de détente laryngée, que nous avons vu en épisode 4, qui permet de desserrer la gorge ;
- L'exercice de la baleine bleue, que nous avons vu en épisode 6, pour conduire le souffle.
Mais comment mettre en place la colonne d'air et sentir ce fameux « coussin d'air » ? C'est justement l'exercice du jour.
L’exercice du jour : « Éole ».
Je vous propose maintenant l'exercice du jour : Éole.
C'est l'exercice qui prolonge très naturellement la baleine bleue. Dans l'épisode 6, vous appreniez à conduire l'air et à laisser l'air revenir passivement. Ici, nous gardons ce même geste, mais nous déplaçons l’attention vers l'avant de la bouche pour sentir le coussin d'air. Je l'ai nommé Éole car il me fait penser aux représentations d'Éole, le dieu du vent dans la mythologie grecque, qui est représenté comme un visage joues gonflées, soufflant sur le monde.
Installez-vous debout, le dos long, sans raideur. Gardez en mémoire le principe de la baleine bleue : je conduis l'air à l'expiration en faisant monter la poche d'air, puis je relâche « plouf ! », pour laisser l'air revenir sans pompage laryngé, sans aspiration bruyante.
Cette fois, dans Éole, au lieu de souffler sur ssss, vous allez laisser sortir l'air par les lèvres assez resserrées pour que les joues gonflent légèrement, comme si vous souffliez les bougies d'un gâteau d'anniversaire. Le souffle est non voisé, c'est-à-dire qu'il n'y a aucun son vocal et la pression d'air dans la bouche fait gonfler les joues de cette façon.
Nous allons le faire ensemble.
- Soufflez
- Suspension
- « Plouf ! », la poche d'air plonge et se remplit.
- Soufflez : portez votre attention sur l'avant de la bouche. Vous sentez cette pression derrière les lèvres qui décolle légèrement les lèvres des dents.
- Suspension
- « Plouf ! », la poche d'air plonge et se remplit, l'air rentre par la bouche.
- Soufflez, comme sur les bougies d'un gâteau d'anniversaire, les joues gonflent.
- Suspension.
- « Plouf ! », la poche plonge et se remplit.
- Soufflez cette pression d'air que vous sentez dans la bouche, c'est un peu comme un « airbag », un coussin d'air.
- Suspension.
- « Plouf ! », la poche d'air plonge et se remplit, l'air rentre par la bouche.
- Soufflez : joues gonflées, coussin d'air à l'avant de la bouche. Imaginez que votre ceinture abdominale vient directement s'appuyer sur vos lèvres et qu'il n'y a que du vide entre les deux.
- « Plouf ! » , l'air rentre par la bouche.
- Soufflez.
Ce que vous venez de sentir, c'est d'abord un changement de lieu.
La pression d'air n'est plus sentie dans la gorge ; elle est davantage perçue à l'avant. Et à ce moment-là, la gorge n'est plus obligée de retenir, de freiner, de contrôler.
Les erreurs fréquentes dans cet exercice, je vais en présenter quatre.
- La première, c'est de souffler trop fort. Vous videz tout au début, vous perdez la régularité et vous ne sentez plus le coussin d'air. Alors qu'il s'agit de faire un flux régulier, sans brusquerie.
- Deuxième erreur fréquente, c'est de resserrer les lèvres de façon excessive. Il faut une petite résistance, pas un verrou. Mais il faut quand même une résistance. Si les lèvres sont trop molles, on ne va rien sentir.
- La troisième erreur fréquente, c'est d'aspirer l'air. Non, comme dans la baleine bleue, l'air revient par relâchement. C'est silencieux, rapide et non forcé.
- La quatrième erreur fréquente, c'est de vouloir faire intervenir la voix trop tôt. Aujourd'hui, dans l'exercice Éole, nous restons sur un souffle non voisé. Le but est de construire l'équilibre de pression, pas encore de produire le son. – nous verrons ça une prochaine fois.
C'était donc l'exercice Éole. Il vous a permis de trouver le coussin d'air buccal, cette sensation de pression d'air dans l'avant de la bouche.
Je vous invite à le pratiquer chaque jour, deux à trois minutes, entre deux activités, avant une réunion, avant un cours, avant une répétition de chant, avant une prise de parole en public ou quand vous avez 15 secondes, en attendant le bus, par exemple, ou simplement le matin, quand vous sentez que votre voix a besoin de retrouver un chemin plus souple.
Avec le temps, vous développerez un repère très précieux : ne plus demander à vos cordes vocales de retenir l'air comme un robinet, mais laisser l'air s'équilibrer jusqu'à l'avant de la bouche. Et cela peut changer profondément votre manière de parler et de chanter, bien sûr.
Nous verrons dans un prochain épisode comment coordonner la baleine bleue, le coussin d'air buccal avec l'émission vocale.
Cet épisode de « Une voix, un monde » touche à sa fin. Merci de l'avoir suivi.
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Partagez cet épisode à quelqu'un qui sent sa voix fatiguer plus vite qu'avant ou qui aimerait arrêter de forcer sur sa voix, qui aimerait continuer à parler longtemps sans s'abîmer la voix.
À samedi prochain pour un nouvel épisode.
Je vous souhaite un bon entraînement, une bonne pratique et vous allez être une voix qu'on écoute, une parole qui compte.