Bonjour et bienvenue dans « Une voix, un monde », le podcast qui s'intéresse à la voix et à la parole.
Vous est-il déjà arrivé d'écouter quelqu'un parler sur une longue durée et de vous dire : « Mais comment fait-il ? Comment fait-elle ? La voix est pleine, sonore, le tempo varie, ça respire la maîtrise. Et pas de gorge fatiguée, pas d'essoufflement. » Alors que d'autres, au bout de trois minutes, cherchent l'oxygène comme si on leur avait coupé la ventilation.
Aujourd'hui, nous allons voir le secret le plus sous-estimé de la prise de parole en public : le geste respiratoire qui porte la voix.
Spoiler (ou en français « divulgâcheur ») : ce geste est simple - expiration active, inspiration passive.
Je suis Roch Jamelot, coach vocal et expert en communication orale. Parce que mieux parler, c'est peut-être mieux vivre. Parce que la parole n'est pas une marchandise, mais une responsabilité, un acte d'humanité : dans « Une voix, un monde », partons à la recherche des secrets de la parole vivante authentique.
Chaque samedi, nous explorons ensemble une question qui nous concerne tous autour de la voix et de la parole. Et je vous transmets un exercice à mettre en pratique au cœur de votre quotidien pour nourrir votre puissance d'agir dans le monde. Car une voix qui s'élève, c'est un monde qui s’éveille.
Amélie est commerciale et présente les services de son entreprise dans un salon international.
Toute la journée, elle enchaîne réunions, présentations, échanges, négociations dans un environnement bruyant. Amélie parle longtemps, avec puissance, mais jamais agressive. Elle module, elle ralentit pour raconter une anecdote, accélère sur une transition, chuchote presque pour créer du suspense et tout le monde écoute. Sa voix est posée, ample, vivante et jamais d'essoufflement. Pas de grandes goulées d'air bruyantes, pas de fin de phrase qui s'éteint. Pas de voix qui se serre, aucun signe de fatigue. On se dit : « Elle a un secret, une énergie cachée ! »
Cette énergie, elle vient d'un geste qui alterne deux phases : je conduis l'air quand je parle et je laisse l'air revenir tout seul rapidement.
La semaine dernière, je vous ai proposé d'observer votre respiration sans corriger, juste pour comprendre votre fonctionnement spontané. Et nous avons ouvert une question : inspiration et Les expirations peuvent être actives ou passives, mais qu'est-ce qui est le plus efficace pour porter la voix ?
Aujourd'hui, ne revenons pas sur toute l'anatomie, sur les différents types de respiration. Nous passons à l'étape d'après : le geste respiratoire en vue de la phonation. Autrement dit : comment conduire son souffle pour déployer sa voix ?
Quand vous parlez en prise de parole en public, quand vous cherchez à convaincre, influencer, être clair, vous avez besoin de durée et de stabilité.
Le piège, c'est de fonctionner comme sur un sprint : tout activer, tout le temps. Ça peut marcher, trois minutes, puis ça coûte cher : fatigue, tension, voix qui se durcit. Pour un effort court et intense, inspiration et expiration peuvent être toutes les deux actives, mais c'est fatigant, parce qu'il n'y a pas de phase de relâchement. Et ce mode ne convient pas à une voix qu'on doit porter longtemps – comme c'est le cas pour les enseignants, les conférenciers, une réunion qui dure longtemps.
Donc, pour parler longtemps sans se fatiguer, on cherche une alternance intelligente :
- expiration active, quand je produis la voix : je conduis le débit, je dose l'air,
- puis inspiration passive, c'est une micro-pause : je relâche et je laisse l'air revenir tout seul.
Précisons ces deux phases.
D'abord, l'expiration active : je pilote la sortie.
Quand je dis « expiration active », je ne dis pas « forcer », mais simplement, je garde la la sortie d'air. Je transforme mon souffle en un flux stable, régulier. C'est là que naît la sensation agréable : « Je porte ma voix sans pousser ». Un repère simple : si votre phrase finit en « queue de poisson », si le volume tombe, si vous pressez la fin, c'est souvent que l'expiration n'est pas conduite ou qu'elle part trop vite au début.
Ensuite, l'inspiration passive : je laisse l'air revenir.
Et là, c'est la clé des clés, le secret des vocalistes : la prise d'air passive. C'est-à-dire que je n'inspire pas, je ne fais pas d'action de pompage pour prendre de l'air, non. Ce que je vise, c'est ressentir une inspiration qui vient d'un relâchement musculaire avec la force élastique du corps. J'ai été actif dans l'expiration en mobilisant mes muscles abdominaux, puis je relâche mon engagement musculaire. Et c'est ce relâchement qui produit le retour de l'air dans les poumons.
Concrètement, ça change tout. Votre prise d'air devient silencieuse. Elle devient rapide sans être brutale et vous ne montez pas en tension entre les phrases.
C'est là qu'on comprend ce que fait Amélie : elle ne gaspille pas son énergie à inspirer fort ; elle parle en conduisant son air, puis elle récupère en relâchant.
Activité, détente, activité, détente.
C'est de la gestion d'énergie appliquée à la communication orale.
Je vous propose un mini repère très simple.
Si, entre deux phrases, vous sentez que vous faites un effort pour respirer, comme ça, c'est que vous êtes en mode : « J'aspire mon air, je le pompe ». Si vous sentez plutôt un relâchement comme si l'air venait tout seul, vous êtes sur la bonne piste.
Et ce n'est pas juste du confort. Ça soutient l'éloquence, la présence, la capacité à convaincre, parce que votre voix reste disponible pour moduler comme vous le souhaitez.
Ce geste respiratoire, il s'agit de l'entraîner pour qu'il devienne un réflexe, un automatisme. Et c'est ce que nous allons voir maintenant dans l'exercice du jour.
Exercice : « La baleine bleue ».
Pour vous représenter le mouvement que nous allons maintenant entraîner, je vous propose d'imaginer que vous avez une poche d'air dans l'abdomen et que vous allez l'expulser comme le jet de la baleine bleue, vertical, vers le haut, sortant du sommet du crâne vers le ciel. Et quand vous n'aurez plus d'air, « plouf ! », la poche plonge et se remplit d'air.
Placez-vous debout, une main sur la poitrine et l'autre main sur l'abdomen : le pouce est à la hauteur du nombril, c'est-à-dire que c'est la partie de l'abdomen située entre le pubis et le nombril qui sera sollicitée et non la région de l'estomac.
La pointe de la langue derrière les racines des incisives inférieures, le dos de la langue venant s'approcher de l'avant du palais. La base de langue est détendue.
L'exercice se déroule en trois phases.
- Première phase : expiration prolongée. Vous allez souffler en rentrant progressivement la paroi abdominale vers le haut sur le bruit ssss, avec la position de langue que je vous ai indiquée. Ce ssss va durer aussi longtemps que possible en laissant la poitrine, détendue, se soulever et s'ouvrir. Comme si vous souffliez en faisant monter la poche d'air vers la poitrine pour faire jaillir le jet d'air de baleine vers le sommet de votre crâne.
- Deuxième phase : suspension. Un temps d'arrêt de deux secondes sans bouger ni respirer, en recherchant la détente laryngée.
- Troisième phase : « plouf ! ». La ceinture abdominale se relâche comme si la poche plongeait pour se regonfler et se remplir d'air en une fraction de seconde. Ensuite, on enchaîne sur l'expiration et ainsi de suite. Alors faisons-le ensemble.
Quelques recommandations.
- Dans la première phase, la phase d'expiration prolongée, effectuez le mouvement de montée progressive jusqu'aux besoins d'air. Veiller à avoir un flux régulier. Ce ssss, c'est déjà de la parole, c'est déjà de la musique. Pas de brusquerie. C'est un souffle puissant, mais sans brutalité.
- La deuxième phase, celle de suspension. Il s'agit de ne pas bloquer la gorge, d'éviter le serrage. Pour éviter le serrage, vous pouvez imaginer que vous poursuivez le mouvement expiratoire, que vous continuez d'expirer, même s'il n'y a plus d'air à sortir. Vous profitez de cette suspension pour vérifier la détente laryngée (comme nous l'avons vu dans l'épisode 4) : mâchoire pendante, larynx flottant, glotte décontractée, et veillez à ce que la base de la langue soit bien détendue.
- Dans la phase 3, celle du « plouf ! » où l'air rentre, l'entrée d'air se fait par la bouche qui est grand ouverte, sans action de pompage de l'air par le larynx, de façon totalement passive, silencieuse. Laissez l'abdomen plonger et créer comme un appel d'air.
Avec ces consignes, refaisons-le quelquefois ensemble. Pointe de la langue derrière les racines des incisives inférieures et c'est parti :
- Ssss… La poche d'air monte, elle ouvre la poitrine, vous sentez que vous vous grandissez.
- Suspension, la glotte est ouverte.
- Plouf ! La poche se remplit.
- Ssss… Et la poche d'air monte et vient ouvrir la poitrine et vous vous grandissez légèrement.
- Suspension : la glotte est ouverte, détente l'arrangée.
- Plouf ! La poche se remplit.
- Ssss… Et la poche d'air monte, elle ouvre la poitrine et vous sentez cet air qui jaillit vers le haut comme le jet d'eau de la baleine.
- Suspension, glotte ouverte.
- Plouf ! La poche se remplit.
- Ssss… Vous sentez l'air qui vous traverse de bas en haut comme une vague et qui se propulse vers le haut comme le jet d'eau de la poitrine et vous vous grandissez légèrement.
- Suspension, la glotte est ouverte, détente l'arrangé.
- Plouf ! La poche se remplit.
- Ssss… Et la poche d'air monte, elle ouvre la poitrine et vous sentez cet air qui jaillit vers le haut comme le jet d'eau de la baleine.
- Suspension, glotte ouverte.
- Plouf ! La poche se remplit.
- Ssss… Et vous sentez l'air qui vous traverse de bas en haut comme une vague et qui se propulse vers le haut comme le jet d'eau de la baleine.
- Suspension , détente laryngée.
- Plouf ! La poche se remplit.
Eh bien, bravo, vous avez réalisé votre première baleine bleue.
Parmi les erreurs fréquentes dans cet exercice, je vais en citer trois.
- La première, c'est de souffler trop fort – de tout vider au début. Alors, si ça vous arrive, cherchez le flux régulier de ce ssss, que vous conduisez vraiment dans la continuité.
- La deuxième erreur, c'est d'aspirer l'air – inspiration active comme ça, bruyante. Corrig par le relâchement de la glotte, le larynx détendu, comme si vous ouvriez l'espace grâce à la détente laryngée. L'inspiration doit être totalement silencieuse.
- Troisième erreur, c'est de vouloir faire trop long. L'objectif n'est pas la performance. L'objectif, c'est la clarté du geste. Plus vous serez entraîné, plus l'expiration pourra durer longtemps et ce sera très bien. Mais au départ, faites précis.
C'était donc l'exercice « La baleine bleue ».
Je vous invite à le pratiquer chaque jour, deux à trois minutes. Quand vous êtes dans un lieu tranquille, il s'agit d'acquérir la fluidité du geste. Et cela peut prendre quelques semaines, je ne vous le cache pas. Ensuite, ce sera un levier très puissant pour faire rayonner votre voix, pour gagner en présence, en impact, en éloquence, sans vous abîmer la voix. Nous verrons dans les épisodes à venir comment coordonner le souffle en baleine bleue avec la parole.
Cet épisode de « Une voix, un monde » touche à sa fin. Merci de l'avoir écouté. Qui ce sujet vous parle, abonnez-vous via votre plateforme de podcasts préférée : Apple Podcast, Spotify, Deezer, Podcast Addict ou celle que vous utilisez habituellement. Ainsi, vous pourrez recevoir chaque samedi votre épisode et votre exercice pour la semaine.
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Alors, à la semaine prochaine pour un nouvel épisode.
Je vous souhaite un bon entraînement avec la baleine bleue, une bonne pratique et vous allez être une voix qu'on écoute, une parole qui compte.