Bonjour et bienvenue dans « Une voix, un monde », le podcast qui s'intéresse à la voix et à la parole.
On entend souvent dire : « Pour que la voix porte, il faut du souffle ». Oui. Mais cela veut dire quoi exactement ? Qu'il faille prendre beaucoup d'air pour parler ? Se remplir à pleins poumons avant de commencer une phrase ? Oh là là ! Surtout pas malheureux. Il s'agit de faire sonner la voix, pas de l'inonder.
Aujourd'hui, nous allons remettre les choses à l'endroit. La voix est un instrument à vent et un instrument à vent ne se joue pas avec plus d'air, mais avec un air mieux conduit.
Je suis Roch Jamelot, coach vocal et expert en communication orale. Parce que mieux parler, c'est peut-être mieux vivre. Parce que la parole n'est pas une marchandise, mais une responsabilité, un acte d'humanité : dans « Une voix, un monde », partons à la recherche des secrets de la parole vivante authentique.
Chaque samedi, nous explorons ensemble une question qui nous concerne tous autour de la voix et de la parole. Et je vous transmets un exercice à mettre en pratique au cœur de votre quotidien pour nourrir votre puissance d'agir dans le monde. Car une voix qui s'élève, c'est un monde qui s'éveille.
Il vous est peut-être arrivé, alors que vous devez parler et que vous cherchez à convaincre, à afficher une certaine crédibilité, d'avoir l'impression qu'il faille pousser la voix pour être audible, « envoyer du lourd ». Résultat : vous prenez de grandes inspirations un peu hautes, un peu bruyantes, et vous vous entendez respirer. Au bout de quelques minutes, vous êtes à bout de souffle. La conséquence, ce n'est pas seulement la fatigue, c'est une voix qui ne porte pas, un peu comme une lampe torche qui éclaire au début, puis la batterie faiblit, tombe à 30% et on perd l'impact.
L'objectif aujourd'hui, d'explorer comment fonctionne la respiration, où ça se passe et qu'est-ce qui se passe exactement. Faire connaissance avec ce mouvement qui nous anime jour et nuit depuis… tant de jours et tant de nuits (je vous laisse chacun faire le décompte pour vous-même…), sans même que nous en prenions conscience. Sauf quand ça pose problème.
Tout d'abord, reprenons le fonctionnement le développement général de l'instrument-voix. Vous vous souvenez de l'image du klaxon que je vous avais présenté dans l'épisode 2 ? Il figure les trois étages fonctionnels de la voix :
- Tout d'abord la soufflerie, qui fournit l'air, le souffle ; c'est la poire pour le klaxon ou les poumons pour la voix.
- Le vibrateur, qui transforme l'air en son ; ce sont les lames de métal pour le klaxon, les cordes vocales pour la voix.
- Et puis le résonnateur, qui amplifie et colore le timbre ; c'est le pavillon pour le klaxon et le conduit vocal pour la voix.
La façon dont le souffle est propulsé va conditionner la vibration et la résonance, donc le son produit. La façon dont on appuie sur la poire du klaxon va modifier le son produit. Si j'appuie très mollement sur la poire, il y aura très peu de son à sortir. Si j'appuie brutalement, le son va être très vif et plus aigu.
Et pour ceux qui ont appris à jouer de la flûte à bec à l'école, souvenez-vous. Si on souffle faiblement dans la flûte, ça donne un son fébrile, mollasson, instable. Mais si on souffle très fort, ça produit un son hyper aigu et strident. Vous vous souvenez ? C'est très difficile d'ajuster le souffle dans une flûte pour faire un beau son.
Avec la voix, c'est pareil : si la soufflerie est instable, la voix sera instable. Et ça, nous l'avons déjà vu, quand nous avons parlé des émotions à l'épisode 3. L'état émotionnel modifie la respiration et la voix.
Ensuite, il y a un autre point important à considérer : porter la voix, ça n'est pas mettre plus d'air.
Alors, si on veut pousser la voiture qui est en panne, on y met toutes ses forces. Avec la voix, c'est un piège. Quand on veut que la voix porte, souvent, on se dit : « Allez, je vais mettre le paquet ». Et là, on commet deux erreurs fréquentes :
- on prend trop d'air, trop vite – souvent trop haut dans la poitrine, les épaules ;
- et puis, on lâche tout, d'un coup : le début de phrase est fort, puis la fin s'éteint.
Porter la voix, c'est une affaire d'ajustement et d'équilibre. Nous verrons dans un autre épisode combien la résonance est importante pour porter la voix. Mais en amont de la résonance, il y a la respiration qui va jouer un grand rôle. Il ne s'agira pas de pousser son air. Ce qu'il faudra, c'est un débit d'air régulier et une pression d'air maîtrisée sous les cordes vocales – ce qu'on appelle la pression sous-glottique – pour réaliser une alimentation continue de la vibration. Un peu comme un archet sur un violon : si l'archet s'arrête au milieu, le son s'éteint ; si le coup d'archet est trop brutal, le son va grincer.
Quand le souffle est bien conduit, la voix se stabilise, se déploie et vous gagnez en présence, en puissance expressive dans votre communication orale, en capacité à convaincre sans forcer.
L'air qui va faire vibrer les cordes vocales provient des poumons. Mais comment fonctionnent-ils ces poumons pour propulser l'air ?
Tout d'abord, clarifions une chose : les poumons ne sont pas des muscles. Ils sont un peu comme des éponges. Pour les vider, on appuie dessus, comme avec une éponge. Et quand on relâche cet appui, ils se remplissent. On peut aussi amplifier le remplissage en attirant leur paroi vers l'extérieur. Ces mouvements exercés sur les poumons peuvent se réaliser à plusieurs endroits :
- au niveau de la cage thoracique – on parle alors de respiration thoracique ;
- au niveau des épaules – on parle alors de respiration scapulaire ou claviculaire ;
- ou bien au niveau de l'abdomen – on parle alors de respiration abdominale ou diaphragmatique.
Et prendre conscience de cela change beaucoup de chose. Car alors, on peut se rendre compte que l'inspiration peut être active, c'est-à-dire résulter d'une activité musculaire, ou bien passive, c'est-à-dire être un relâchement. Et l'expiration peut aussi être active ou bien passive.
Mais alors, quel serait le meilleur mouvement respiratoire pour porter la voix ? Un mouvement actif ou passif ? Ça, nous le verrons dans l'épisode de la semaine prochaine.
Mais pour commencer, ce qui va nous être très utile, c'est de prendre conscience de ce qui se passe pour nous maintenant. Et c'est l'objet de l'exercice du jour.
Exercice : « Exploration respiratoire au repos ».
Prenez 3 à 5 minutes. Assis, les pieds à plat au sol, le dos droit sans raideur. Laissez-vous respirer, sans rien faire, sans contrôler, sans corriger votre respiration, sans appliquer une soi-disant bonne technique. Oubliez tout ce qu'on vous a dit sur la bonne façon de respirer. Simplement, mettez-vous à l'écoute de ce qui se passe spontanément pour vous maintenant. Vous pouvez fermer les yeux si vous voulez.
Je vous pose une question et vous la laissez travailler : « Que se passe-t-il quand je respire ? » Et vous observez très simplement.
- Qu'est-ce qui bouge quand vous respirez ?
- Où est-ce que ça bouge ?
- Et dans quel sens ça bouge ?
- À quel moment ? À l'inspiration ? À l'expiration ?
Et pour mieux sentir, vous pouvez, si vous voulez, poser une main ou les deux à des endroits différents, successivement. Par exemple :
- Posez une main sous le nombril. Qu'est-ce qui se passe quand vous inspirez ? Et quand vous expirez à cet endroit sous le nombril ?
- Puis, au-dessus du nombril, entre le nombril et les côtes. Qu'est-ce qui se passe au moment de l'inspiration et au moment de l'expiration ? Comment est-ce que ça bouge ? Et d'ailleurs, ce mouvement est-il actif ou passif ? Est-il actif à un moment donné et passif à un autre ?
- Et si vous posez votre main sur le sternum, l'os plat qu'on a à l'avant de la poitrine, qu'est-ce qui se passe au niveau du sternum ? Qu'est-ce qui bouge ? Ou peut-être rien d'ailleurs.
- Et vous pouvez poser votre main sur une clavicule, à gauche ou à droite. Et comment est-ce que ça bouge ou pas ? À l'inspiration et à l'expiration. Est-ce que c'est un mouvement actif ou passif ?
- Vous pouvez poser une main aussi sur la nuque. Est-ce que vous sentez quelque chose qui bouge ? À l'inspiration, à l'expiration ?
- Sur une épaule…
Et restez attentif jusqu'à pouvoir décrire votre mouvement, comme si vous deviez l'enseigner à quelqu'un. Ce que vous cherchez, c'est la précision, pas du résultat.
Vous apprenez à voir votre respiration comme une vague – flux, reflux, flux, reflux… – et à repérer comment elle s'organise spontanément quand vous ne faites rien de volontaire.
Les erreurs fréquentes dans cet exercice, c'est de vouloir Vous vous corrigez au lieu d'observer : « Je sais qu'il faut que je respire par le ventre », alors vous vous corrigez. Et non. Dans cet exercice, il s'agit de noter ce qui se passe spontanément. Point.
Une autre erreur fréquente, c'est de forcer l'inspiration. Les épaules qui montent, la gorge qui s'active. Revenez à : « Je laisse faire ; je n'agis pas volontairement ». On est simplement dans l'observation.
Sachez qu'il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises respirations en soi. Il y a seulement des respirations qui sont adaptées ou non au contexte ou à l'activité en cours. Bien sûr, on ne respire pas de la même manière quand on court un 100 mètres en kayak ou quand on lit tranquillement au salon.
La semaine prochaine, nous verrons comment organiser notre souffle pour qu'il porte efficacement notre voix.
C'était donc l'exercice « Exploration respiratoire au repos ». Je vous invite à pratiquer cette exploration chaque jour, pendant deux minutes, entre deux activités, avant une prise de parole en public, une réunion, une présentation, un entretien, entretiens, en sortant du travail, juste après une séance de sport, dans un moment de détente. À différents moments de la journée et différentes activités, observez qu'est-ce qui bouge et comment ça bouge quand ça respire en vous.
Plus vous devenez clair sur comment vous respirez ici et maintenant, plus vous pourrez ensuite prendre les commandes pour conduire votre souffle afin de porter votre voix.
Cet épisode de « Une voix, un monde » touche à sa fin. Merci de l'avoir écouté. Partagez-le autour de vous.
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À samedi prochain pour un nouvel épisode. Il portera sur le geste respiratoire qui permet de porter efficacement la voix sans se fatiguer.
Je vous souhaite un bon entraînement, une bonne pratique vocale et vous allez être une voix qu'on écoute, une parole qui compte.