Bonjour et bienvenue dans « Une voix, Un monde », le podcast qui s'intéresse à la voix et à la parole.
Aujourd'hui, nous allons parler d'un phénomène que beaucoup d'entre nous connaissent intimement : cette sensation pénible d'avoir la gorge nouée. Quand tout se serre, que la voix ne sort plus, que les mots semblent coincés. Que se passe-t-il ? Et surtout, comment libérer ce nœud ? Comment faire pour retrouver la fluidité, la liberté, la présence vocale ?
C'est ce que nous allons explorer ensemble dans cet épisode.
Je suis Roch Jamelot, coach vocal et expert en communication orale. Parce que mieux parler, c'est peut-être mieux vivre. Parce que la parole n'est pas une marchandise, mais une responsabilité, un acte d'humanité. Dans « Une voix, Un monde », partons à la recherche des secrets de la parole vivante authentique.
Chaque samedi, nous explorons ensemble une question qui nous concerne tous autour de la voix et de la parole. Et je vous transmets un exercice à mettre en pratique au cœur de votre quotidien pour nourrir votre puissance d'agir dans le monde. Car une voix qui s'élève, c'est un monde qui s'éveille.
Imaginez l'oral de concours : salle silencieuse, jury en face, chronothérapie sonomètre dans la tête. Camille commence bien. Et puis, au bout de 30 secondes, elle sent comme une main invisible qui referme sa gorge, qui l'étrangle. Elle avale, sa voix se met à flotter. Elle force un peu, elle pousse. Et plus elle pousse, plus ça sert.
Et le pire, c'est ce qu'elle se raconte ensuite : « Je suis nulle à l'oral, je perds mes moyens, je ne sais pas parler ». Alors que pour Camille, cette gorge qui se serre, ce n'est pas un défaut personnel : c'est juste un mécanisme de protection qui déborde.
Dans l'épisode 2, nous avons vu comment les émotions s'entendent dans la voix et nous avons pratiqué l'exercice de « L'égouttoir » pour retrouver le mouvement corporel fluide. Dans l'épisode 3, nous avons fait connaissance avec le larynx et les cordes vocales, ce vibrateur de la voix au cœur de l'instrument. Nous avons rappelé que le larynx protège les voies respiratoires et qu'il sait vibrer.
Aujourd'hui, poursuivons : que se passe-t-il réellement quand on a la gorge nouée ?
La gorge nouée n'est pas qu'une expression métaphorique. C'est une réalité physiologique et émotionnelle. Nous sommes sous pression, stress, peur de mal faire, crainte du jugement, urgence, contrainte forte. Notre système nerveux autonome active ce qu'on appelle la réaction de défense : tensions musculaires, respiration raccourcie, fermeture réflexe, la gorge nouée, c'est souvent un larynx qui veut protéger au mauvais moment.
Le larynx est un carrefour très sensible entre respiration et phonation, entre émotion et expression, entre instinct de survie et volonté de parole. Dans l'épisode 3, nous l'avons vu, la fermeture du larynx est un mécanisme réflexe essentiel, vital. Il se ferme pour protéger les voies respiratoires et, par le même réflexe, dès qu'un danger est perçu, physique ou émotionnel, ou quand un grand effort est requis, la glotte et tout le larynx peuvent se contracter.
Autrement dit, quand Camille se retrouve face au jury, son corps peut interpréter la situation comme un danger social et il active un vieux programme : protéger. De façon involontaire, réflexe, des muscles se contractent fortement – les muscles du larynx, les constricteurs pharyngés, les muscles sus-glottiques, mais aussi les muscles de la mâchoire, de la langue, de la nuque, des épaules. La gorge serrée agit comme un frein à main sur la voix : on appuie sur l'accélérateur pour donner de l'énergie, mais en même temps, on serre le frein à main. Alors bien sûr, dans ces cas-là, la qualité vibratoire des cordes vocales est grandement réduite. Résultat : la voix devient étriquée, instable, tremblante, étouffée ou criarde.
Mais attention, ce n'est pas un défaut personnel. Ce n'est pas vous qui êtes mal fait ou qui parlez mal. C'est tout votre organisme qui vous protège – maladroitement peut peut-être – mais avec de bonnes intentions.
Et la bonne nouvelle, c'est que ce réflexe peut être désamorcé, non pas par la volonté brute : « Allez, détends-toi ! », mais par un travail progressif de libération, par le souffle, la présence et l'entraînement vocal. On crée un chemin corporel plus fiable afin que, en contexte de communication orale, quand la situation devient tendue, on sache produire le relâchement en un clin d'œil. C'est là qu'entre en jeu un outil fondamental : la détente laryngée – avec ses trois portes d'entrée que je nomme ainsi : la mâchoire pendante, le larynx flottant et la glotte décontractée. Intéressant, non ?
C'est exactement ce que nous allons pratiquer ensemble maintenant dans l'exercice du jour.
Exercice du jour : « La détente laryngée ».
L'objectif est de retrouver une sensation de gorge ouverte et de voix qui circule, surtout quand vous sentez le stress monter.
Pour réaliser l'exercice, prenez 5 minutes au calme, hors du regard des autres. Oui, ça, ça va être important : hors du regard des autres. Si vous n'avez pas déjà pratiqué l'exercice de l'épisode 3 « Sentir mon larynx, sentir ma glotte », je vous conseille de le pratiquer avant celui-ci, car il vous sera ainsi plus facile de vous représenter les zones que nous allons maintenant entraîner.
1- Première étape : La mâchoire pendante.
Asseyez-vous, pied à plat, dos droit, mais détendu, mains sur les cuisses. Cherchez la détente. Et maintenant, laissez la mâchoire pendre : sans chercher à ouvrir grand, simplement, la laisser tomber, la laisser pendre. Ce qui est très important, là, c'est de respirer par la bouche passivement, sans activité de pompage avec la gorge. Laissez simplement l'air rentrer, sortir, rentrer, sortir, sans rien faire.
Puis, posez-vous la question suivante : pour que la mâchoire pende davantage, qu'est-ce que je peux relâcher au niveau de la nuque ? au niveau des clavicules ? au niveau de la langue ? de la base de la langue ? de la pointe de la langue ? Qu'est-ce que je peux relâcher au niveau du larynx ? Qu'est-ce que je peux relâcher au niveau de l'abdomen ? de l'estomac ?
Et vous sentez peu à peu votre mâchoire pendante, de plus en plus.
2- Deuxième étape : Le larynx flottant.
Mais qu'est-ce que c'est donc ça ? Portez maintenant votre attention sur le larynx. Grâce à l'exercice de l'épisode 3, vous savez bien où il est, ce larynx. Maintenant, laissez-le descendre passivement. Imaginez que votre larynx est au fond d'un puits et qu'il flotte au fond du puits, libéré de ses attaches. Il ne s'agit pas de le pousser vers le bas, surtout pas. Pas besoin de faire quelque chose. Il s'agit simplement d'enlever ce qui le retient pour le laisser plonger.
3- Troisième étape : La glotte décontractée.
Ouvrez volontairement la glotte très doucement, comme pour faire circuler l'air par grandes gorgées. Puis, de temps en temps, refermez-la délicatement, ce qui a pour effet d'empêcher l'air de rentrer et de sortir, puis ouvrez-la en grand à nouveau. Vous vous souvenez, on a fait ça dans l'épisode 3. Faites cela en portant une attention extraordinaire à ce que vous sentez.
Et maintenant, cherchez la sensation suivante : la glotte est relâchée, ouverte, béante, et elle se laisse traverser par l'air, sans agir.
Vous découvrez donc la glotte décontractée.
Il sera très important, quand vous parlez, de rester décontracté de la glotte. Retenez cette idée précieuse : même quand les cordes vocales s'accolent pour parler, si la fermeture est idéale, ni trop forte ni trop relâchée, la sensation qu'on a, c'est d'avoir la glotte ouverte. C'est ce que je vous invite à cultiver : parler avec la glotte décontractée.
Alors si, dans ces exercices, la mâchoire résiste, elle ne pend pas, c'est normal. Pour beaucoup de personnes, cette zone est verrouillée et ça retentit sur toute leur voie. Avec une pratique quotidienne de cet exercice, dès la semaine prochaine, vous serez aux commandes et la mâchoire pendra davantage.
Si vous avez l'impression de forcer pour ouvrir la glotte, revenez à plus petit. Le mot clé, c'est léger : doux, progressif, doux.
C'était donc l'exercice « La détente laryngée », qui comprend les trois étapes : La mâchoire pendante, Le larynx flottant, La glotte décontractée.
Je vous invite à le pratiquer une minute par jour, mais surtout à vous en servir comme d'un signal d'alarme en situation réelle. À force d'être attentif à cette détente laryngée, vous allez repérer que la gorge se serre dans certains moments de la journée.
Par exemple, quand vous faites un effort physique, au sport ou quand il s'agit de porter quelque chose de lourd, mais aussi quand quelque chose vous stresse, une pensée, un courriel, un courrier irritant.
Dès que vous sentez que votre glotte est serrée, que la gorge est nouée, faites simple : vous arrêtez l'activité quelques secondes, vous retrouvez la détente laryngée avec les trois repères (mâchoire pendante, larynx flottant, glotte décontractée), puis vous reprenez l'activité en veillant à ce que cette détente reste en place.
Par exemple : vous êtes en train de lire un message qui vous met en colère / Stop / Cinq secondes de détente l'arrangée / Puis vous relisez sans laisser la gorge se refermer.
Même chose au sport : si vous tirez sur le rameur en serrant la glotte / Stop / 5 secondes de détente laryngée / Puis reprenez le rameur sans laisser la gorge se refermer. Vous trouverez vos appuis ailleurs, dans les pieds, dans les mains.
Petit à petit, votre corps va apprendre une compétence précieuse : continuer l'activité sans se verrouiller. Et la voix redevient plus stable, plus ample, plus libre.
Cet épisode de « Une voix, Un monde », touche à sa fin. Merci de l'avoir écouté.
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À samedi prochain pour un nouvel épisode.
Je vous souhaite un bon entraînement, une bonne pratique et vous allez être une voix qu'on écoute, une parole qui compte !