Bonjour et bienvenue dans « Une voix, un monde », le podcast qui s'intéresse à la voix et à la parole.
Avez-vous déjà eu cette pensée un peu injuste, mais tellement répandue « Je n'ai pas une bonne voix ; c'est de la faute de mes cordes vocales ; elles ne sont pas résistantes ; c'est comme ça » ?
Et si, au lieu d'accuser nos cordes vocales, on apprenait à les connaître ? Comme on apprend à connaître un instrument de musique. Parce que, oui, on n'a pas tous le même équipement, mais on peut tous apprendre à en jouer.
Je suis Roch Jamelot, coach vocal et expert en communication orale.
Parce que mieux parler, c'est peut-être mieux vivre.
Parce que la parole n'est pas une marchandise, mais une responsabilité, un acte d'humanité, dans « Une voix, un monde », partons à la recherche des secrets de la parole vivante, authentique. Chaque samedi, nous explorons ensemble une question qui nous concerne tous autour de la voix et de la parole, et je vous transmets un exercice à mettre en pratique au cœur de votre quotidien pour nourrir votre puissance d'agir dans le monde.
Car une voix qui s'élève, c'est un monde qui s'éveille.
Lucas a la trentaine. Il prend souvent la parole en réunion et me dit avec dépit : « Roch, mes cordes vocales ne suivent pas. Ma voix n'a pas de puissance. Et parfois, elle a un timbre, je ne sais pas, un peu nasal, un peu serrée, un peu « moche ». Je crois que c'est mes cordes vocales. Elles sont mal foutues. »
Lucas reproche tout au « matériel » dont il a hérité à la naissance, comme si l'instrument était défectueux. Et c'est exactement pour ça que l'épisode d'aujourd'hui est important, pour passer du jugement à la compréhension. Parce que quand on comprend, on peut agir.
Dans l'épisode 2, je vous ai présenté les trois étages fonctionnels de la voix, avec l'image du klaxon :
- la soufflerie qui fournit l'air, le souffle ;
- le vibrateur qui fournit la vibration, le son ;
- le résonnateur qui amplifie et colore le son produit par le vibrateur.
Dans notre instrument-voix, la soufflerie, ce sont les poumons. Le vibrateur, ce sont les cordes vocales. Le résonnateur, c'est le conduit vocal, c'est-à-dire principalement le pharynx et la bouche.
Aujourd'hui, nous allons zoomer sur le vibrateur : le larynx et les cordes vocales.
Le larynx, c'est d'abord un héros discret de la survie. C'est un assemblage de cartilages, de ligaments, de muscles tapissés d'une muqueuse située dans le cou. Et au milieu de tout ça, les cordes vocales.
Le larynx est situé au carrefour entre la trachée et l'œsophage. Il est traversé par l'air que vous inspirez et que vous expirez et il protège vos voies respiratoires quand vous avalez. Quand on déglutit, le larynx se ferme pour éviter la fausse route. Puis, il se rouvre et la respiration peut reprendre. Donc oui, le larynx a une fonction de « porte de sécurité ». Mais il sait aussi faire autre chose : produire du son, la voix. Car à l'intérieur du larynx, il y a deux cordes vocales, la gauche et la droite, placées horizontalement. Attention, ce ne sont pas des cordes comme des cordes de guitare. Ce sont plutôt des replis musculaires, qu'on appelle aussi médicalement les plis vocaux. Entre elles, il y a un espace : la glotte. Quand les cordes vocales sont accolées, la glotte est fermée, l'air ne passe pas. Quand les cordes vocales sont écartées, la glotte est ouverte et l'air passe. Et, déjà, on comprend une chose essentielle pour Lucas : notre voix n'est pas un truc, une chose. C'est un geste fin, un réglage permanent. Ouverture, fermeture, clôture, tension, relâchement, coordination avec le souffle. Alors, allons y voir d'un peu plus près.
Les cordes vocales sont multi-couches :
- En profondeur, il y a le muscle vocal, le muscle thyroarithénoïdien.
- Puis, par-dessus, il y a le ligament, constitué de fibres élastiques et collagènes.
- Puis, par-dessus, la muqueuse, un tissu conjonctif.
- Et enfin, l'épithélium de surface.
Alors, pourquoi est-ce important ? Parce que cette structure permet différents modes de vibration :
- Un mode où toute la structure vibre : le muscle vocal, le ligament, la muqueuse, l'épithélium de surface, tout vibre. C'est ce qu'on appelle le mécanisme M1, qui permet de produire des sons dans notre registre grave et médium.
- Et un mode où seulement la muqueuse et l'épithélium vibrent. C'est ce qu'on appelle le mécanisme M2 et qui permet de produire des sons dans notre registre médium et aigu.
Et selon le mécanisme qu'on utilise, le son produit sera différent : non seulement plus ou moins grave ou aigu, mais aussi dans le timbre qui sera plus ou moins Je pense. Donc, quand quelqu'un dit « Mon timbre est moche », souvent, ce ne sont pas les cordes vocales qui sont mauvaises, c'est la coordination qui pourrait être améliorée.
Et, puisque nous parlons de coordination, comment se produit le son ?
Le son vocal, c'est une mécanique très élégante. Au moment où nous voulons émettre un son, les cordes vocales s'accolent, la glotte se ferme. Nous poussons alors l'air pour expirer, mais comme la glotte est fermée, la pression d'air sous-glottique, c'est-à-dire au-dessous de la glotte, augmente. Quand cette pression atteint un certain seuil, qu'on appelle le seuil de pression phonatoire, la glotte s'ouvre brièvement et laisse passer une petite bulle d'air. Puis, dans le sillage de cette bulle d'air, les cordes vocales sont aspirées l'une vers l'autre en retour et reviennent en fermeture. Tout cela est possible grâce à l'élasticité des tissus. Et le cycle se répète très vite, très, très vite. C'est cela la vibration.
Et un point clé : cette vibration, c'est une auto-oscillation. C'est-à-dire que ce n'est pas un muscle qui bat la mesure, comme le mouvement du poignet quand on agite un éventail. C'est l'air plus l'élasticité, plus les réglages musculaires qui font émerger l'oscillation.
Je disais tout à l'heure que cette vibration se produisait très vite. Mais à quelle vitesse exactement ?
Tout dépend. Quand on produit un son aigu, la vibration est plus rapide que quand on produit un son grave. Mais, si on fait une moyenne entre les sons graves et les sons aigus émis par une personne, la vitesse de vibration :
- chez un enfant de deux ans, tourne autour de 400 Hz, c'est-à-dire 400 cycles ouverture-fermeture de la glotte par seconde.
- Chez une femme adulte, c'est plutôt entre 200 et 250 Hz.
- Chez un homme adulte, c'est entre 100 et 150 Hz.
Eh oui, en moyenne, la voix des enfants est généralement plus aiguë que la voix des femmes, qui, elle-même, est généralement plus aiguë que la voix des hommes.
Alors pourquoi cette différence de hauteur ?
D'une part, un même individu peut passer du grave à l'aigu en changeant de mécanisme, en passant du mécanisme M1 au mécanisme M2. Mais, tout de même, un individu donné ne pourra pas descendre au-dessous de certaines notes graves, ni monter au-dessus de certaines notes aiguës. C'est dû à quoi ? C'est dû à sa constitution, en particulier à la longueur de ses cordes vocales.
Savez-vous combien mesurent les cordes vocales ?
Quand je pose cette question, habituellement, en formation, les personnes répondent : un centimètre, deux centimètres, cinq centimètres, voire même dix centimètres. Alors, la réponse, mesurée par les scientifiques, est la suivante :
- Chez un bébé, à la naissance, elles mesurent environ 4,5 millimètres.
- Chez un enfant de 5 ans, environ 8 millimètres.
- Chez une femme adulte, entre 13 et 18 millimètres.
- Chez un homme adulte, entre 17 et 25 millimètres.
Eh oui, plus les cordes vocales sont courtes, plus le son est aigu. Mais ça, vous vous en doutiez, n'est-ce pas ? Un violon a des cordes plus petites qu'un violoncelle ou qu'une contrebasse. Et il produit aussi des sons plus aigus.
Mais pourquoi cette différence de taille entre les enfants, les femmes, les hommes ?
D'une part, il y a la croissance de l'individu. Quand l'enfant grandit, tous ses muscles grandissent progressivement. Puis, à la puberté, bouleversement hormonal, un afflux de testostérone, plus important chez les garçons que chez les filles, vient chambouler le larynx. Les cordes vocales s'allongent, le cartilage thyroïde avance – c'est la fameuse pomme d'Adam qu'on voit s'avancer dans le cou des garçons.
Résultat : la voix descend dans les graves. Un abaissement de la hauteur d'environ une octave chez les garçons et beaucoup moins important chez les filles.
Revenons à Lucas. Que pourrait-on lui dire ?
La chose suivante : « Vous avez raison, on n'a pas tous les mêmes cordes vocales, de la même longueur, de la même épaisseur. On n'a pas tous la même caisse de résonance non plus - ça, c'est un autre aspect que nous verrons dans un autre épisode. Comme les instruments sont différents, violon, alto, violoncelle, contrebasse, pourtant, personne ne dirait : « un violoncelle, c'est nul parce que ça ne sonne pas comme un violon ». Non, chaque instrument peut faire une musique remarquable à une condition. C'est que l'instrument l'artiste apprenne à jouer de son instrument. »
Et c'est exactement de ça qu'il s'agit dans la communication orale, dans la prise de parole en public. Ce n'est pas avoir une voix parfaite, c'est développer une technique, de la conscience, et une liberté de jeu avec son instrument. Une éloquence, ça se travaille.
Au fait, nous parlons de larynx et de corde vocale. Mais vous, savez-vous exactement où se situe votre larynx ? Avez-vous une sensation précise et claire de vos cordes vocales ? C'est l'objet de l'exercice du jour.
Exercice : « Sentir mon larynx, sentir ma glotte. »
Dans cet exercice, on ne cherche pas la performance. On cherche la sensorialité, la conscience de l'organe. Parce que plus vous sentez, plus vous pouvez ajuster. Alors, pour réaliser l'exercice, profitez de deux minutes où vous êtes tranquille.
Première étape : sentir mon larynx.
Asseyez-vous, les deux pieds à plat au sol, le dos détendu. Posez une main à plat sur l'avant du cou, entre le menton et la base du cou. Pas le bout des doigts, mais le plat des doigts. Puis avalez votre salive. Vous sentez alors quelque chose qui monte et qui s'avance légèrement, puis qui redescend et recule légèrement.
Ça, c'est le cartilage thyroïde, la partie avant du larynx. Et vos cordes vocales sont juste derrière. Refaites une ou deux fois ce mouvement, tranquillement. L'objectif, c'est juste de pouvoir se dire : « Je sais où ça se passe ».
Deuxième étape : sentir ma glotte.
Toujours assis, tranquillement, inspirez une grande quantité d'air par la bouche. Bloquez la respiration, deux à trois secondes, puis laissez sortir un aaaaa en expirant. Ça va donner ça. Je sonorise mon inspiration pour que vous l'entendiez. Peut-être avez-vous entendu ce petit coup au départ du A ? C'est ce qu'on appelle « l'attaque glottique » ou qu'on appelle aussi le « coup de glotte ». C'est le son produit quand une pression s'exerce sur une glotte fermée qui s'ouvre tout d'un coup. Et ça vous donne un repère. Parce que vous sentez : « la glotte est là, mes cordes vocales sont là ». C'est elles qui se sont resserrées pour créer cette occlusion et qui se sont ouvertes pour créer ce coup de glotte. Recommencez une seconde fois, mais plus léger. L'objectif n'est pas de claquer, mais c'est de sentir ; et, avec la pratique, d'être capable de sentir sans serrer, donc de faire ce mouvement de plus en plus doucement, délicatement.
Si vous avez serré très fort, c'est normal. Au début, pour sentir, on a tendance à forcer. Refaites alors l'exercice, peu à peu, en diminuant l'intensité et en portant une conscience très fine sur ce que vous sentez au niveau de l'endroit où la glotte se ferme et où elle s'ouvre. Et puis ensuite (coups de glotte très légers). Là, vous sentez où est votre glotte. Il est très important d'apprendre à contrôler ces coups de glotte, à apprendre à les faire très délicatement, car – comme nous le verrons dans le prochain épisode – l'habitude qu'ont certaines personnes de pratiquer des coups de glotte agressifs quand ils parlent, de parler avec une glotte contractée, peut être source de gros problèmes vocaux et de difficultés dans la relation de communication. Donc, apprenons ici dans cet exercice, pendant la semaine, à mémoriser cette sensation de la glotte qui se ferme et qui s'ouvre très délicatement, tout en souplesse.
Pour ceux d'entre vous qui n'ont rien senti, je vous invite à refaire l'exercice régulièrement, parce que c'est refaisant que peu à peu, les neurones dédiés à cette zone-là vont se connecter pour permettre la perception sensorielle. Et c'est très important parce que plus clairement vous percevrez, mieux vous pourrez contrôler cette zone.
C'était donc l'exercice « Sentir mon larynx, sentir ma glotte ». Je vous invite à le pratiquer chaque jour pendant une semaine en version courte, 30 secondes pour le larynx, 30 secondes pour la glotte. Cela nous sera très utile pour la suite. C'est une façon de prendre en main notre instrument, nous familiariser avec lui, pour commencer à apprendre à en jouer.
Vous pouvez aussi pratiquer l’exercice avant un entretien important, un appel téléphonique, avant une prise de parole en public, avant une réunion où vous voulez convaincre. C'est une excellente manière de réaliser un « état des lieux » de votre instrument vocal.
Cet épisode de « Une voix, un monde » touche à sa fin. Merci de l'avoir écouté.
Si vous voulez recevoir chaque semaine par courriel l'alerte de sortie du nouvel épisode avec le lien vers cet épisode et le texte écrit de l'exercice de la semaine, je vous invite à vous inscrire à l'alerte « Une voix, un monde » sur mon site internet www.rochjamelot.fr. C'est à la page Contact.
Partagez cet épisode autour de vous – à une personne qui vous dit : « Ma voix n'a pas de puissance » ou « Je n'ai pas de voix ». Ça peut lui faire un bien fou de comprendre que ce n'est pas une fatalité.
Alors, à samedi prochain pour un nouvel épisode. Il portera sur la sensation d'avoir la gorge nouée et ce qu'on peut faire pour libérer la voix quand ça arrive.
Je vous souhaite un bon entraînement, une bonne pratique vocale et vous allez être une voix qu'on écoute, une parole qui compte.