Bonjour et bienvenue dans « Une voix, un monde, » le podcast qui s'intéresse à la voix et à la parole.
Nous allons aborder aujourd'hui la question DES ÉMOTIONS QUI S’ENTENDENT DANS LA VOIX.
Quand on est pris par une émotion et que la voix se met à trembler, qu'elle se serre, qu'elle s'agite et qu'elle manifeste aux yeux et aux oreilles de tous ce qu'on aurait tellement aimé garder pour soi et qu'on a l'impression alors que notre voix nous trahit.
Aujourd'hui, nous allons voir pourquoi les émotions s'entendent dans la voix et surtout, comment retrouver un geste vocal fiable sans chercher à contrôler ce que nous ressentons.
Je suis Roch Jamelot, coach vocal et expert en communication orale.
Parce que mieux parler, c'est peut-être mieux vivre ;
Parce que la parole n'est pas une marchandise, mais une responsabilité, un acte d'humanité ;
Dans une voix, un monde, partons à la recherche des secrets de la parole vivante, authentique.
Chaque samedi, nous explorons ensemble une question qui nous concerne tous autour de la voix et de la parole. Et je vous transmets un exercice à mettre en pratique au cœur de votre quotidien pour nourrir votre puissance d'agir dans le monde. Car une voix qui s'élève, c'est un monde qui s'éveille.
Pensez à une scène très fréquente, une réunion, un échange un peu tendu ou simplement à un moment où vous êtes observé.
Vous commencez plutôt bien, puis une question imprévue tombe.
Et là, votre voix, vous sentez qu'elle se met à trembler, qu'elle vous échappe, qu'elle s'agite, que vous bafouillez. Vous sentez votre gorge se serrer. Et dans votre tête, ça commente : « Non, pas maintenant. Je ne veux pas qu'ils entendent ça. »
Et c'est là que beaucoup accusent leur propre voix : « C'est ma voix le problème. Elle me trahit. »
Alors qu'en réalité, la voix ne trahit pas. Elle enregistre.
Alors, comment cela se passe-t-il ?
On a tendance à penser la voix comme un objet. Une voix forte, une voix faible, une voix qui tremble. Mais l'idée clé est la suivante : La voix est le résultat acoustique d'un geste. Un geste, c'est quelque chose de vivant, de coordonné, qui se fait dans le corps. L'air est mis en mouvement, puis il devient son, puis ce son est sculpté, façonné et diffusé. Quand le souffle devient son, c'est tout un organisme qui se met en jeu. Poumon, larynx, langue, lèvre, pharynx, bouche. Tout bouge, tout s'ajuste.
Pour rendre cela très simple, je propose une analogie : le klaxon. Non pas le klaxon d'une voiture moderne, mais celui qu'il y avait sur les premières voitures. Vous savez, il est constitué de trois parties : une poire en caoutchouc, quelques lames de métal et un pavillon qui s'ouvre vers l'extérieur. Si on le place verticalement avec la poire en bas et le pavillon en haut, alors nous avons, de bas en haut, les trois étages fonctionnels du klaxon. En bas, la soufflerie, c'est la poire. Elle fournit l'air, l'énergie, le souffle. Qui arrive sur le deuxième étage, le vibrateur, que sont les lames, qui vont transformer l'air en son.
Et cet air porteur de son va se répercuter dans le troisième étage, le résonnateur, c'est-à-dire le pavillon, qui va amplifier et colorer le son.
Dans l'instrument en voix, nous avons les trois mêmes étages fonctionnels. La soufflerie, ce sont les poumons, le vibrateur, ce sont les cordes vocales – nous en avons deux – et le résonnateur, c'est ce qu'on appelle le conduit vocal ou d'un point de vue médical, le tractus vocal. C'est la partie qui est située entre les cordes vocales et les lèvres et les narines.
Le son de la voix dépend de ces trois niveaux. Mais contrairement au klaxon, l'instrument voix change de forme en permanence. Et c'est cela qui permet l'immense diversité des sons que nous produisons avec notre propre voix : des aigus, des graves, des sons forts, des sons pas forts, des voyelles a, des voyelles des i, des consonnes, des p, des t, des s.
Alors, revenons maintenant aux émotions. Et pourquoi est-ce qu'elles s'entendent dans la voix ? Les émotions ne sont pas que dans la tête. Elles s'accompagnent de modifications corporelles très concrètes : du tonus musculaire, du rythme respiratoire, de la chaleur, de la posture, de micro-contractions au niveau des épaules, du ventre, de la gorge.
Ces changements peuvent toucher un ou plusieurs des trois étages de la voix.
À l'étage de la soufflerie. Quand vous êtes stressé, la respiration devient plus haute, plus rapide, parfois bloquée. Quand vous êtes triste ou abattu, le souffle est plus plat, plus court, l'énergie est plus basse. Le résultat, c'est que quand le débit d'air est instable, la voix devient instable.
Au niveau de l'étage du vibrateur. Les émotions fortes comme la colère, la panique, l'excitation, s'accompagnent notamment de contractions des muscles du larynx, resserrement des cordes vocales, augmentation de la pression d'air sous-glottique, c'est-à-dire la pression d'air au-dessous des cordes vocales, et « boum » : la voix devient plus aiguë, plus rapide, plus forte, plus raide, parfois même jusqu'au cri.
À l'inverse, les émotions dites « à faible activation physiologique » – la tristesse, l'ennui – vont plutôt vers une baisse du tonus, moins de pression d'air, voix plus basse, plus monotone, volume plus faible, tempo plus lent. Parfois même, la voix est un peu soufflée comme ça.
À l'étage du résonnateur, notre pavillon de résonance le conduit vocal, lui aussi se déforme sous le coup de l'émotion. Par exemple, le dégoût nous fait froncer le nez et resserrer légèrement le nasopharynx de manière imperceptible, mais malgré tout audible, parce que ça modifie la résonance. Un sourire étire les commissures des lèvres. Et ce qui va changer la forme du conduit vocal et qui va changer les harmoniques de la voix, qui va éclairer la voix. On dit toujours d'ailleurs que le sourire s’entend au téléphone, c'est pour cette raison-là.
Donc non, notre voix n'est pas traître. Elle est cohérente avec ce que notre corps est en train de vivre. La voix est comme un sismographe émotionnel. Elle révèle l'état du corps avant même que nous en ayons pleinement conscience. Alors, l'objectif n'est pas de contrôler vos émotions. Ici, je veux être très clair, il ne s'agit pas de devenir un robot. Le vrai enjeu, ce n'est pas « Je ne veux plus rien ressentir ». Le vrai enjeu, c'est « ne pas laisser l'émotion dérégler le geste vocal au point qu'on en perde tout contrôle ».
Et là, on bascule dans une logique très rassurante, me semble-t-il. Vous ne pilotez pas toujours la vague émotionnelle, mais vous pouvez stabiliser votre planche de surf pour surfer sur la vague.
Prenons une analogie simple. Imaginez que vous teniez un café bien chaud dans un bus qui secoue. Vous ne contrôlez pas les nids de poule de la chaussée, mais vous pouvez ajuster votre posture, amortir avec le bras, stabiliser le poignet, respirer pour éviter d'en renverser partout. L'émotion, c'est le bus. Le geste vocal, c'est votre main, votre poignet, votre posture. Travailler la voix, c'est entraîner ce système de stabilisation. Soufflerie, vibrateur, résonateur.
C'est exactement ce que recherche l'entraînement au geste vocal : une coordination qui rend la voix plus fiable, plus libre, plus rayonnante. Alors, ce geste vocal, donc, il s'entraîne. Pas dans le feu de l'action, mais avant. Pour que le moment où l'émotion arrive, vous ayez un chemin corporel déjà disponible.
Alors, nous verrons tout au long de ce podcast et des différents épisodes, de multiples techniques pour acquérir cette maîtrise du geste vocal.
Pour commencer aujourd'hui, je vous propose un exercice simple qui permet de retrouver le flux du mouvement quand l'émotion nous étreint :
L’ÉGOUTTOIR
On vient de le voir, l'émotion, ce n'est pas dans la tête, c'est du mouvement dans le corps. Corps. Et parfois, ce mouvement se bloque. Ça se fige dans les épaules, ça serre le ventre, ça noue la gorge et la voix devient l'écho de ce blocage. Alors aujourd'hui, l'objectif, comme je vous le disais, n'est pas de contrôler vos émotions, mais de vous laisser traverser. Faire ce qu'il faut pour que l'émotion ne reste pas coincée quelque part et pour que le corps retrouve le flux et donc que le geste vocal retrouve de la liberté.
Je vous propose pour cela l'exercice de « L’égouttoir », comme une mise en route pour libérer le stress, relâcher le tonus musculaire et remettre la respiration en mouvement. C'est un exercice parfait avant une prise de parole, quand on sent le trac monter.
C'est un exercice qui va se faire debout et je vous propose de prendre cinq minutes dans un endroit tranquille, hors du regard des autres, pour pouvoir le pratiquer.
Alors debout, les pieds à plat au sol, un peu plus écartés que que la largeur des hanches. Genoux souplex, dos droit sans raideur, épaules basses, les bras qui pendent le long des jambes, le regard placé sur la ligne d'horizon sans vraiment rien regarder. Et, détail important, la mâchoire est pendante, les lèvres sont décollées, la langue est lourde et le larynx détendu. Et maintenant, on y va.
Vous allez faire des petites flexions rapides des genoux dans un rythme régulier. C'est-à-dire que vous pliez les genoux, puis vous revenez en position initiale, comme si vous étiez monté sur des ressorts, mais les pieds ne décollent pas du sol. Vous faites environ deux à trois cycles par seconde. Flop, flop, flop, flop, flop, flop, flop, flop, comme ça.
Ce sont des mouvements petits, rapides, un peu secs, mais sans brutalité. Et vous sentez comme si vous aviez des gouttes d'eau sur les bras que vous vouliez faire descendre descendre dans le bas des mains, puis dans le sol.
Le buste reste vertical. Pas de flexion du dos, pas de pivotement du bassin.
Et pendant que vous faites ça, dites-vous : « Je relâche tout ce qui n'est pas nécessaire ». Parce que c'est ça le secret de l'égouttoir. On garde juste ce qu'il faut bouger et on laisse le reste se défaire. Tout en continuant l'exercice, promenez votre attention comme une lumière qui se porte successivement sur différentes parties du corps. À chaque descente, vous laissez tomber. Vous laissez devenir plus souple, plus flasque.
D'abord, les mollets. Flop, flop, flop, flop. Vous sentez vos mollets qui ballottent.
Puis les cuisses.
Puis l'abdomen : la ceinture abdominale est relâchée et le ventre fait flop, flop, flop, flop, flop, flop, flop, flop.
Le sternum l'homme, la poitrine, les épaules, les bras, et enfin, la gorge, le larynx. Flop, flop, flop, flop.
C'est un peu comme si l'émotion avait le droit de circuler, comme si vous disiez au corps : « OK, j'ai entendu qu'il y a des choses. Maintenant, on remet du mouvement. »
Encore quelques secondes, puis repos. Vous pouvez arrêter le mouvement maintenant.
Restez immobiles, les yeux fermés et observez trois choses très simplement :
- La respiration d'abord. Qu'est-ce qui vous indique que vous avez commencé il y a une, deux minutes, cet exercice de l'égouttoir ? Comment votre respiration s'est modifiée ?
- Ensuite, le tonus musculaire. Comment sentez-vous la tension musculaire ou la détente musculaire ? Qu'est-ce qui a changé depuis tout à l'heure ?
- Troisième chose, la gorge. Qu'est-ce que vous sentez au niveau de la gorge ? En termes de détente, en termes d'ouverture ? Qu'est-ce qui a changé depuis tout à l'heure ? Voilà, c'est le temps d'observation après l'exercice.
Alors, les erreurs fréquentes dans cet exercice :
- la première, c'est de faire trop grand, trop fort. Non, il faut des petits mouvements réguliers, sans brutalité.
- La deuxième, c'est de se pencher en avant. Or, il faut garder le buste vertical, les bras bien pendants. Le mouvement vient des genoux.
- La troisième erreur, c'est de contracter la mâchoire ou la gorge pour tenir la posture. Alors qu'au contraire, il faut en profiter pour redonner de la place au relâchement dans la mâchoire, dans la langue, dans le larynx.
C'était donc l'exercice de l'égouttoir.
Je vous invite à le pratiquer deux à cinq minutes tous les jours, et en particulier quand vous sentez qu'une émotion monte et se bloque quelque part. L'idée n'est surtout pas d'effacer Vous ressentez ce que vous ressentez, c'est de vous laisser traverser, de retrouver le mouvement pour que votre voix redevienne un geste libre au service de ce que vous avez à dire. Plus vous pratiquerez régulièrement cet exercice, plus il vous sera facile, en quelques secondes, de retrouver du mouvement quand une émotion surgit.
Cet épisode de « Une voix, un monde » touche à sa fin. Merci de l'avoir écouté.
Si ce sujet vous parle, abonnez-vous via votre plateforme de podcasts préférée: Apple Podcast, Spotify, Deezer ou celle que vous utilisez habituellement. Ainsi, vous pourrez recevoir chaque samedi votre épisode et votre exercice pour la semaine.
Et si vous en avez envie, vous pouvez aussi partager cet épisode à quelqu'un que vous connaissez et qui dit souvent Ma voix me trahit. Parfois, ça change beaucoup de choses. Juste de comprendre que ce n'est pas une trahison. C'est un signal et ça se travaille.
Alors, à samedi prochain pour un nouvel épisode. Je vous souhaite un bon entraînement, une bonne pratique et vous allez être une voix qu'on écoute, une parole qui compte.